Birdman – Alejandro González Iñárritu

    Birdman – Alejandro González Iñárritu

    Birdman-02Au début, on y croit. Enfermé dans les couloirs d’un théâtre, Iñárritu trimballe sa caméra dans un (faux) plan-séquence impressionnant qui nous plonge dans les coulisses d’une mauvaise pièce, passant sans transition des répétitions aux premières représentations tests. Dans la lignée d’Alfonso Cuarón (Gravity), le réalisateur de Babel fait du plan-séquence la pierre angulaire de sa mise en scène et parvient à trouver une belle énergie, en jouant à la fois brillamment avec le temps réel et les ellipses. Le plan-séquence trouve en outre tout sens sens tant il rend compte de l’effervescence qui agite le théâtre, la caméra passant avec fluidité d’un personnage à un autre (la dimension chorale , chère au cinéaste, n’est pas totalement absente ici). Malheureusement, Iñárritu ne peut s’empêcher de vouloir voir plus grand et de prolonger son plan-séquence à l’ensemble du film, quitte à lui faire perdre sa raison première. Ainsi, dès lors qu’Iñárritu franchit les portes du théâtre, Birdman se perd peu à peu. Et le concept ne tient plus lorsque le réalisateur a recours à un time-lapse facile qui ne cherche même plus à faire semblant. La virtuosité des débuts cède finalement sa place à une forme d’exaspération.

    Plus ennuyeux encore, le film révèle finalement sa véritable identité. Déjà pas forcément très subtile dans son opposition (théâtre vs. cinéma, soit Broadway vs. Hollywood), Birdman feint de nous parler du métier d’acteur, en filmant une ancienne star hollywoodienne rendue célèbre dans le rôle d’un super-héros, laquelle désire passer à des choses « sérieuses » (auteur vs. Hollywood). Le film en rajoute une couche puisqu’il n’aura échappé à personne que Michael Keaton a sans doute connu son heure de gloire avec le personnage de Batman. Subtile, on l’a dit. Mais on pardonnerait volontiers à Iñárritu ces grosses ficelles s’il n’était pas tout simplement hypocrite. Car même si le cinéaste se dissimule derrière son acteur, c’est bel et bien de lui dont il parle en vérité. Pourquoi pas après tout ? Sauf qu’il le fait avec un ton accusateur pénible, tapant sur tout et n’importe quoi (critique, blockbuster), avant d’assimiler la crise existentielle de son personnage (et donc la sienne) à une pseudo destruction du monde (carrément), lors d’une séquence à la grandiloquence barbante. Souvent bavard, Birdman vaut pour quelques séquences, et un début, on l’a dit, réussi. Mais il ennuie à la longue. Il irrite même lors d’un final qui n’en finit plus et où Iñárritu ne se rend pas compte que le spectateur n’a plus grand-chose à faire de ce qu’il a à lui raconter.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    2 Commentaires

    1. kanai · 17 avril 2015 Répondre

      Oui en effet, ca commence bien, et plus ca va, moins ça va.

    2. yancha · 3 avril 2015 Répondre

      Ah!!! Merci. Je partage ton opinion sur ce film!
      en résumé, on se fait un tout petit peu « chier ».

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