Boyhood – Richard Linklater

    Boyhood – Richard Linklater

    boyhood-02Boyhood, c’est d’abord un projet fou. Avec un tournage qui s’est étalé sur 12 ans. Douze années durant lesquelles le réalisateur a filmé ses jeunes acteurs mais aussi le couple vedette Patricia Arquette/Ethan Hawke. Tous les ans, l’équipe se retrouvait ainsi pour tourner quelques scènes, pour un total, seulement, de 39 jours de tournage. De ce film-fleuve (2h45, mais pouvait-il en être autrement ?), le cinéaste américain tire une œuvre simple et modeste.

    Au départ pourtant, Boyhood donne parfois la sensation d’être coincé par son propre concept. Faute d’une véritable intrigue, il y a un temps où le spectateur a le sentiment que le film pourrait ne jamais s’arrêter. Comme un flux ininterrompu captant le passage du temps. La première partie inquiète alors un peu avec ces scènes qui se succèdent, sans véritable lien, avec cette impression que le long-métrage tombe justement dans l’écueil redouté par un tel projet. Mais rapidement, le montage paraît plus naturel et l’on ne fait presque plus attention à ces personnages qui grandissent et vieillissent sous nos yeux (c’est d’ailleurs peut-être plus marquants chez les adultes : Ethan Hawke et surtout Patricia Arquette). Dès lors, ce questionnement sur le passage du temps se fait existentiel (et, bien entendu, esthétique). Pour le spectateur, le film, anti-proustien, prend la forme d’un diaporama. Une somme d’instantanés qui vient capter avec une douceur et une simplicité un enfant que l’on voit devenir adulte (le court dialogue entre les deux parents lors de la remise de diplôme de leur fils, très beau). Et le spectateur de se rendre compte que le propos du film est finalement contenu tout entier dans son titre.

    Parce que Boyhood apparaît avant tout comme le portrait d’un adolescent comme il en existe plein. Et l’apparente différence que son personnage renvoie, c’est celle de centaines de milliers d’autres jeunes adultes. De même que les séquences avec le beau-père alcoolique n’ont rien d’extraordinaires, malgré une scène très forte. Le film se refuse en réalité au spectaculaire. La narration multiplie les scènes du quotidien, sans jamais avoir peur de leurs banalités. Au contraire même. Grâce à un sens de l’ellipse admirable (et un montage qui ne l’est pas moins), le film vise presque le documentaire. Boyhood se fait témoin de la culture pop de ces dix dernières années (les ordinateurs et les consoles de jeux qui évoluent au fil des scènes), en même temps que sa sublime bande-son traverse la première décennie du 21ème siècle (The Hives, Flaming Lips, Wilco, Arcade Fire…). Dans un Texas paisible, le film délaisse la fiction dès que possible, à travers des sauts dans le temps  qui évacuent tous les prémices d’une intrigue.

    Mais par l’entremise incroyable du projet, Boyhood décuple la simplicité de son récit. Et c’est peut-être véritablement dans les dernières minutes du film que l’on prend conscience de sa force souterraine. Quand le personnage de la mère voit son fils partir à la fac et qu’elle est rattrapée par ce cycle vertigineux et infernal qu’est la vie. Certes, le réalisateur d’A Scanner Darkly tente de mettre un peu trop naïvement ces réflexions dans la bouche de son héros dans la dernière partie, comme si le film tenait à nous expliquer ses intentions (le dialogue dans le labo photo ou celui de fin). Sans doute pas le chef-d’œuvre espéré (est-ce si grave ?), Boyhood n’en demeure pas moins une magnifique fresque sur l’enfance, l’adolescence, la famille et la vie…

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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