Bronson – Nicolas Winding Refn

    Bronson – Nicolas Winding Refn

    Bronson_01Dans Hunger, on étalait la merde sur les murs pour l’utiliser comme une peinture fétide façon Jackson Pollock. Dans Bronson, on se l’étale cette fois-ci sur le visage pour se maquiller, se déguiser. Qui est Michael Peterson finalement ? Un homme qui a décidé de mettre sa vie en scène -pour devenir célèbre- même si cela implique d’avoir recours à la violence. Cette violence, c’est d’abord celle d’un corps qui se pose comme ultime espace de liberté face à une société de plus en plus oppressante (la cage ridiculement petite dans laquelle on l’enferme). Comme Bobby Sands dans le film de Steve McQueen, Michael Peterson entend disposer de son corps comme il l’entend, parce que ce corps est la dernière chose sur lequel il a un contrôle. Cela s’exprime par une grève de la faim dans Hunger. Ici, cela passe par la composition d’un rôle, d’un personnage totalement incontrôlable. Tel un artiste (le personnage découvre un certain penchant pour le dessin), Bronson ne peut s’empêcher de jouer, c’est-à-dire de cogner. Fabuleuse scène dans la salle d’art, où il se peint le visage avec du cirage, attendant patiemment la cavalerie pour livrer une énième bataille. Mais contre quoi ? A la différence de Bobby Sands, Bronson n’a en effet aucune cause à défendre.

    Tom Hardy, plutôt remarquable dans son rôle, bien que parfois à la limite de la caricature, représente avant tout un corps qui n’aspire qu’à la violence pour exister. Et le réalisateur, Nicolas Winding Refn, le filme fort bien. Il a la bonne idée de ne jamais esthétiser la violence puisque c’est le personnage qui s’en occupe. Au contraire, il la montre frontalement, dans toute sa sèche animalité. Winding Refn (la trilogie Pusher) a par ailleurs recours à un théâtre imaginaire, dans lequel Bronson raconte sa propre vie, à nous spectateurs. Manière pour le cinéaste de nous dire que le personnage est l’acteur de sa propre vie et que la prison représente sa scène à lui. Mais ces séquences, finalement inutiles, ne font que répéter ce que Winding Refn parvient pourtant à exprimer clairement à travers sa mise en scène et le jeu de l’acteur. Et si elles cassent aussi le rythme du film, Bronson reste une œuvre intéressante, faite de bruit et de fureur, de sons et d’images.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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