The Canyons – Paul Schrader

    The Canyons – Paul Schrader

    the-canyons-01De The Canyons, on a entendu beaucoup de choses. D’abord qu’il est à l’origine un projet kickstarté. Ensuite qu’il est le premier long-métrage écrit par Bret Easton Ellis, l’auteur d’American Psycho. Du film, on a évoqué son caractère sulfureux. D’aucuns parlaient de thriller érotique quand d’autres évoquaient le porno soft. La présence de l’ex-acteur porno James Deen et de l’actrice Lindsay Lohan, ex-Disney qui fait aujourd’hui la Une des tabloïds, a alors achevé de forger la réputation du film. Mais au final, The Canyons est très éloigné de tout cela et assez différent de ce que l’on peut en attendre.

    Dès sa première scène, Paul Schrader donne le ton en filmant une conversation où l’on ne voit presque jamais celui qui parle, créant ainsi un curieux décalage. Un décalage qui semble nous dire que l’important réside dans ce qui est extérieur à l’action. Tout le film produit cette drôle d’impression de ne jamais vraiment dire ce qu’il est en train de filmer. Dès lors, une scène de conversation assez banale devient pourtant assez inquiétante lorsqu’un véhicule en arrière-plan semble tout droit se diriger vers les personnages. Ça se joue parfois sur des détails de mise en scène qui, mis bout à bout, insufflent au film une atmosphère étrange. Et le film est peu à peu gagné par une inquiétude, d’ailleurs renforcée par cette réplique du personnage de Lindsay Lohan (parfait dans son rôle de star amochée), qui explique se sentir constamment espionné, suivi (on y ressent sur ce point toute l’influence de Bret Easton Ellis). Le spectateur se dit alors que le malaise ressenti lors de cette conversation, et quasiment depuis le début du film, vient peut-être du fait parce qu’elle est filmée du point de vue de ce mystérieux stalker.

    Malgré tout, on ne sait jamais vraiment à quoi s’en tenir, ou si l’on y voit ce que l’on veut bien y voir. Mais cette incertitude dans laquelle nous balade le film, – dont on ne sait jamais vraiment s’il est une fumisterie, un ratage complet ou un grand film malade -, c’est aussi sa première qualité. Son autre force, on la doit à Paul Schrader, qui derrière l’histoire Ellissienne en diable (la jeunesse dorée qui s’emmerde à Los Angeles), parvient à trouver sa place. La manière dont le film a été produit (en marge d’Hollywood) offre déjà quelques clés pour (peut-être) décrypter le film. Il explique aussi son côté cheap, dont il se joue sans qu’on sache vraiment s’il faut s’en amuser ou s’en moquer. On pense à ce soi-disant climax où Lindsay Lohan manque de renverser une bouteille d’eau. Là où on ne l’attend jamais vraiment (James Deen semble littéralement trimbalé par le réalisateur), The Canyons développe néanmoins une critique d’Hollywood intéressante, où les personnages, incarnant des producteurs de cinéma, ne semblent absolument pas concernés par les films qu’ils sont en train de monter. Pas un hasard si le film s’ouvre et se referme sur des images de cinémas laissés à l’abandon.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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