Cartel – Ridley Scott

    Cartel – Ridley Scott

    the-counselor-review-5Il y a dans Cartel une inéluctabilité étonnante. Au bout de quelques minutes, on a en effet très bien compris comment le film allait se terminer, et il a d’ailleurs tout fait pour. Dès l’instant où Javier Bardem parle du « bolito » à Michael Fassbender, le spectateur comprend que les choses vont très mal se passer. Le « bolito » est une sorte de nœud coulant mécanique que l’on place autour du cou de sa victime et auquel il ne peut échapper. Le petit mécanisme se met alors en route, et le fil inviolable de ce collier de la mort se serre de plus en plus jusqu’à la décapitation. Cartel est à l’image de cet objet. Il se resserre implacablement sur ses personnages.

    Le caractère inexorable du scénario révèle ainsi une sorte de désespoir nihiliste qui dépasse le simple plaisir sadique de voir ses personnages cupides sombrer, presque consciemment (malgré les avertissements, le Counselour, Michael Fassbender, décide de s’engager dans un univers qui le dépasse). On pourra regretter que le film s’écarte parfois de la ligne droite qu’il s’est pourtant tracée. Mais, Cartel maintient l’attention grâce à sa terrible noirceur. Et on y reconnaît bien là la touche de Cormac McCarthy (La Route), qui signe ici son premier scénario. Bien loin d’être un film sur la drogue, chaque ligne de dialogue semble ainsi aller dans le sens que tout ce qui se dit, se réalise, ne peut être oublié, que les choses sont irréparables et qu’il faut les accepter (voir le sublime dialogue avec ce personnage sorti de nulle part). Tout nous amène ainsi à ce sentiment que l’on ne peut rien effacer. C’est cette courte réplique de Penelope Cruz à Michael Fassbender dont elle s’excuse de l’avoir proféré avant que ce dernier ne lui réponde qu’il est trop tard, que ce qui est dit est dit. C’est aussi cette histoire de sexe racontée par Javier Bardem qu’il demande ensuite à l’avocat d’oublier mais que ce dernier ne peut évidemment pas enlever de sa tête.

    Le rapport entre les sexes est justement au centre du film. Il faut ainsi voir la différence entre les deux actrices de Cartel, Penelope Cruz, totalement soumise à son futur mari, et Cameron Diaz, une prédatrice que l’on sent prête à tout. A chaque fois, on y sent un déséquilibre entre l’homme et la femme. C’est ce déséquilibre que l’on sent responsable du carnage annoncé et que Scott et McCarthy illustrent si bien. Difficile enfin de ne pas évoquer la mort de Tony Scott, le frère de Ridley décédé l’an dernier suite à un suicide. Le final de Cartel pourrait être le discours humble d’un frère affirmant qu’il faut accepter toutes ces choses irréversibles, non sans préciser que le chagrin est la plus terrible des tortures…

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    1 Commentaire

    1. Top Cinéma 2013 | Critikall : Cinéma, Série, Jeu vidéo. · 2 janvier 2014 Répondre

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