Compliance – Craig Zobel

    Compliance – Craig Zobel

    Compliance-02A l’évidence, l’une des séances les plus dérangeantes que j’ai connu. J’étais à la fois partagé entre l’envie de sortir de la salle et le désir de rester pour voir jusqu’où cette histoire me pousserait dans mes limites mais aussi vers où elle mènerait. Compliance, c’est en quelque sorte l’expérience de Milgram filmée pendant près d’une heure et demie. Avant toute chose, il faut savoir que le long-métrage est tiré d’une histoire vraie. Un panneau l’indique en ouverture et c’est un élément qui me paraît indissociable du film. J’ai presque envie de dire qu’il faut l’avoir bien en tête pour pouvoir supporter le programme à venir.

    Dans un fast-food d’une banlieue de l’Ohio, la manager de celui-ci reçoit le coup de téléphone d’un policier, lequel prétend que l’une de ses employés a volé de l’argent dans le sac d’une cliente. On nous montre très vite que le flic n’en est pas un, qu’il se joue simplement de personnages incroyablement crédules allant jusqu’à leur faire faire (à distance, donc) des choses intolérables. Le film agace car il ne met en scène que des personnages incroyablement cons. On a à la fois pitié pour eux (les choses vont trop loin), mais dans le même temps, on leur en veut d’être aussi naïfs, de ne jamais (se) poser les bonnes questions, de ne jamais faire croire à la personne au téléphone qu’ils ont fait tout ce qu’il leur demandait (puisqu’il n’a aucun moyen de le savoir), et surtout, de ne jamais remettre en cause cette soi-disant autorité qu’il incarnerait. Au fil du temps, les personnages sont poussés à réaliser des actions tellement grosses qu’elle place le spectateur dans une situation très inconfortable, malsaine.

    Si le film ne nous avait pas prévenu qu’il s’agissait d’un fait réel, il semblerait impossible de tenir tant l’ensemble n’apparaîtrait absolument pas crédible. Que le film parvienne à provoquer de telles émotions, parfois très éloignées l’une de l’autre, peut déjà être vu comme une qualité. Il faut d’ailleurs saluer la mise en scène, sobre et intelligente. D’autant plus que, bien qu’on soit face à un huis-clos, le film ne donne jamais l’impression d’être face à du théâtre filmé. Mais on apprécie avant tout que le réalisateur Craig Zobel ne joue jamais sur le voyeurisme du spectateur, jouant davantage sur la suggestion et ne montrant jamais les actes de manière frontale.

    Finalement, la supercherie est révélée. Enfin. La révélation agit comme un véritable soulagement, aussi bien pour les personnages que pour le spectateur. Le film a alors la bonne idée de se poursuivre un peu pour questionner les personnages sur ce qu’il vient de se passer et essayer de comprendre comment ils ont pu se montrer aussi naïfs, en révélant peut-être certains traits de leurs caractères, en les mettant en face de leurs fautes et en les renvoyant notamment aux images issues des caméras de surveillance. Il y a ici une forme de mise en abyme saisissante qui semble dire aux personnages : « voilà, ce qu’on vient de voir, ça ne vous paraît pas insensé ? ». Interviewée par une émission de télé qui cherche à comprendre l’incroyable, la réaction de la manager du fast-food, dont la responsabilité est la plus grande, s’avère fantastique. Elle se pose d’abord comme victime, tente de se disculper en expliquant que tout le monde aurait agi de la sorte. Puis, face aux images, elle passe du déni au silence. Face à un tel « spectacle », le spectateur est lui aussi resté sans voix.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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