Dans la brume électrique – Bertrand Tavernier

    Dans la brume électrique – Bertrand Tavernier

    Dans-la-brume-électrique02Difficile d’analyser le cas Bertrand Tavernier. Une filmographie en dents de scie, et finalement assez insaisissable, dont on peine à trouver une forme de cohérence. Mais si le cinéaste français n’a pas forcément l’allure d’un auteur, il peut se montrer un très bon faiseur. Impression confirmée avec Dans la brume électrique, film surprenant, réalisé à la manière d’Hollywood. Où se trouve la patte de Tavernier dans ce long métrage ? On serait bien embêté de le dire. Mais est-ce vraiment si important ? Pas vraiment. Dans la brume électrique convainc parce qu’on y ressent un véritable savoir-faire. Parce que le film ressemble finalement à un bon polar américain, humide et poisseux, avec un petit quelque chose en plus.

    Deux choses à vrai dire élèvent le film au-dessus de la moyenne : son ambiance et son acteur principal. Ce dernier, c’est Tommy Lee Jones, qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles (un croisement entre ses personnages de No Country For Old Men et Traqué, voire même Le Fugitif). Un rôle qui colle donc à la peau de l’acteur, mais qu’il endosse ici avec force. Un détective obstiné, qui ne trouvera le salut qu’après avoir mené son enquête à terme. N’hésitant pas, s’il le faut, à mettre son couple entre parenthèses sous le regard compréhensif, complice mais également inquiet, de sa femme (on pense évidemment aux flics de Michael Mann). Beau personnage donc, qui traîne sa carcasse dans une Louisiane dévastée par l’ouragan Katrina.

    Sans jamais appuyer son propos, Dans la brume électrique s’inscrit en effet comme un film post-Katrina. Si le Benjamin Button de Fincher se concluait sur le début de la catastrophe, ici, le drame a déjà eu lieu. Sans pourtant en faire le sujet de son film, le passage du cyclone est omniprésent. Pas seulement dans les arrières plans subtils, mais aussi dans le regard des habitants ou dans la pauvreté qui est montrée. Totalement investie par Tavernier, la Louisiane devient plus qu’un simple décor. Sa moiteur et sa chaleur imprègnent l’écran. Sa musique, aussi. Le réalisateur y ajoute même une touche de fantastique, faisant ressurgir des fantômes du passé (datant de la guerre de Sécession) et un meurtre racial, qui vient hanter ce détective aux méthodes pas toujours orthodoxes. Face à un monde en perdition, l’enquête de cet anti-héros va alors bien au-delà de la simple dévotion. Dans un tel contexte, elle sonne comme une nécessité humaine…

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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