Dragons 2 – Dean DeBlois

    Dragons 2 – Dean DeBlois

    How To Train Your Dragon 2Dragons apparaît sans doute comme ce que Dreamworks a fait de mieux, le seul film d’animation capable de rivaliser avec le maître Pixar. Malheureusement, le deuxième volet n’est vraiment pas le grand film vanté depuis sa présentation à Cannes. Il est avant tout un grand tour de force technique. Et c’est vrai que sur ce point, Dragons 2 impressionne. Les scènes de voltige donnent le vertige et l’animation fait preuve d’une fluidité à toute épreuve. Bref, techniquement, et même du point de vue de la mise en scène, difficile de reprocher quoi que se soit au long-métrage. C’est plutôt du côté du scénario que Dragons 2 ne convainc pas… du tout.

    L’un des premiers problèmes, mineur par rapport au reste, concerne le méchant. Et comme disait Hitchock, « plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film ». Dans Dragons 2, le méchant est raté. Pas assez complexe. Son « combat » manque de profondeur. Ses intentions paraissent superficielles, un peu bêtes. Et c’est dommage car, à travers lui, le récit soulève de belles choses. Des choses qu’il n’exploite pas pour finalement retomber dans des travers réactionnaires.

    En particulier à cause de la place réservée aux personnages féminins. Pourtant, ça commence bien, ou presque, avec les retrouvailles d’Hiccup avec sa mère, Valka. Dont on apprend qu’elle est partie parce que son mari se comportait comme un connard avec les dragons. Soit un antispécisme appréciable dans un film qui, tout du long, tente de mettre les animaux légendaires au même niveau que les hommes (moins pour les moutons par contre…). Notons que les amateurs de chat pourront regretter que les dragons ne soient plus assimilés à de gros félins, comme dans le premier épisode, mais à des chiens (les dragons lèchent à tout-va, vont chercher des objets quand on les lance, se sentent le cul…). Pourtant, dès l’instant où le père retrouve son fils et son ex-femme, le film bascule. Moins sur la question du spécisme (encore que l’idée d’une réserve naturelle pour les dragons est finalement évacuée au profit d’un gros caillou où les dragons sont domestiqués) que sur celle du féminisme. Valka redevient la femme aimante, qui doit absolument revenir au village. Même si Stoik a depuis changé d’avis sur les dragons, il n’est jamais fait allusion au pourquoi du départ de la mère entre les deux personnages (Stoik ne l’écoute pas quand elle tente de le faire). Et il semble tout naturel qu’elle rentre chez elle. Notamment pour faire la cuisine. Qu’elle fait d’ailleurs très mal mais qu’elle doit tout de même faire parce que, bon, c’est la femme quand même. C’est bien simple, dès le retour de Stoik, les femmes n’ont plus aucun rôle à jouer, si ce n’est celui d’observer les mâles (alphas) se battre sous leurs yeux ébahis (voir également le running gag avec l’un des personnages secondaires). C’est d’ailleurs symbolisé toute en finesse avec le combat des deux immenses dragons… Alors, Valka n’a plus son mot à dire, Astrid encore moins. C’est même la mère qui va pousser son fils à accepter sa place de chef de tribu. Et il suffit de voir de quelle manière Hiccup attire Astrid vers lui pour l’embrasser avec virilité, ce qui n’a pourtant jamais été dans la nature du héros. Et comme pour enfoncer le clou, c’est également à Astrid que le héros vient voler la victoire à la fin du film lors d’une partie sportive à dos de dragons. Les femmes 0 – Les hommes 1.

    Bref, Dragons 2, c’est beau mais c’est quand même un peu (beaucoup) con.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    1 Commentaire

    1. Pierre · 23 juillet 2014 Répondre

      Assez d’accord sur le constat. Le film est une vraie claque visuelle avec des scènes ahurissantes de justesse, mais c’est un film aussi qui joue vachement sur sa fanbase.

      La glorification d’un Hiccup qui ne bronche quasi jamais peu importe les crasses qui lui arrive et a le regard droit devant, ne se mêlant pas aux basses courses de dragons au début du film (c’est mineur, c’est pour sa copine) m’a un peu fait halluciner.

      Un vrai gachis de persos secondaires, et en partie ce running gag qui me faisait halluciner, d’une lourdeur pas possible. Je n’ai pas spécialement accroché à l’intrigue des alphas, même si je n’ai rien de spécial à lui reprocher…

      Les applaudissements à Cannes montrent la surprise des journalistes de voir un dessin animé réalisé « comme un vrai film », mais aussi qu’une partie de la presse est incapable de poser un regard sérieux, non condescendant envers les dessins animés et leur scénario puisqu’à la base c’est toujours « pour les gosses » (ou les gros budgets, parce qu’il suffit qu’un X-Men : Days of Future Past soit plutôt bien emballé pour ne pas faire gaffe au scénario ou aux plot holes gigantesques).

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