After Earth – M. Night Shyamalan

    After Earth – M. Night Shyamalan

    1108146 - After EarthAfter Earth pourrait être la suite de Phénomènes. Dans celui-ci, déjà, la nature se montrait hostile, comme si elle mettait en garde une humanité toujours plus destructrice. Indifférente à cet avertissement (« l’homme n’écoute pas très bien » clamait la voix-off au début de La Jeune fille de l’eau), l’humanité aurait finalement sombré pour se retrouver contrainte à quitter la planète, et s’installer dans un autre système solaire. Mille ans plus tard, la Terre est devenue d’autant plus inhospitalière pour l’homme qu’elle s’est développée dans ce sens.  Bien évidemment, Will Smith (Cypher) et son fils (Kitai) vont se crasher sur la planète bleue et leur survie va entièrement reposer sur les épaules du plus jeune.

    Sur bien des aspects, le scénario fait penser à celui d’un jeu vidéo (sans doute pas un hasard si le co-scénariste Gary Whitta est un ancien rédacteur en chef de PC Gamer). Pour récupérer une balise de détresse dans la queue de leur vaisseau à quelques kilomètres de leur position, Kitai va ainsi disposer de réserves limitées d’oxygène à utiliser toutes les 24h, comme autant de vies supplémentaires. De la même façon, durant son périple, il devra rejoindre certains points chauds à la tombée de la nuit pour ne pas se faire surprendre par des chutes de température drastiques (sublime scène où le décor se recouvre peu à peu d’un manteau blanc). L’analogie avec le jeu vidéo se poursuit encore à travers la relation entre Cypher et Kitai. Le premier, condamné à rester dans le vaisseau à cause d’une jambe fracturée, peut toutefois suivre les moindres faits et gestes du second, pour finalement le guider comme on contrôlerait un avatar (on pense justement au film de James Cameron du même nom). Il est amusant de voir que l’auteur condamne sa star à rester assis sur une chaise pour projeter un jeune acteur, encore en train d’apprendre son métier. L’enjeu du film est aussi là, dans cette façon qu’à Shyamalan de nous prendre à contre-pied.

    Ce lien qui unit les deux personnages, est sans aucun doute la plus belle idée du film. Après Incassable, Shyamalan nous offre un nouveau reflet de la paternité, qui dépasse d’ailleurs même la fiction (Will Smith qui voudrait accompagner son fils dans la gueule du loup hollywoodien – symbolisé par cette planète hostile). C’est surtout la manière dont le réalisateur américain filme peu à peu l’émancipation de Kitai. Malgré la connexion interrompue, le jeune garçon continue de suivre les conseils de son père, tout en trouvant sa propre voie (impossible de ne pas souligner la dernière réplique du film, pleine de malice). En outre, on retrouve intact cette façon qu’à le metteur en scène d’injecter de l’émotion à un récit ba(na)lisé, à faire appel au merveilleux pour mieux faire ressortir les sentiments humains. Le peur, qui traverse plus ou moins l’ensemble de la filmographie de Shyamalan, s’appuie notamment ici sur une idée magnifique (que les détracteurs voudraient absolument assimiler aux préceptes de la scientologie). Pour ne pas se faire repérer par le monstre, les humains doivent contrôler leur peur, pour finalement s’effacer. Autrement dit, ils ne doivent plus ressentir aucune émotion. Ce qu’est devenu le père de Kitai, un homme froid, qui va finalement réapprendre à avoir peur (pour son fils). D’ailleurs, il y a une scène très belle où Kitai revit un moment tragique de son enfance où sa sœur se fait assassiner devant lui par l’une de ces créatures. Il la voit dans ses rêves et lui demande pourquoi elle n’a pas utilisé cette technique de « ghosting ». Il se réveille avant qu’elle ait pu lui répondre mais on comprend qu’elle est morte parce qu’elle avait peur pour lui, rajoutant ainsi à la culpabilité de Kitai.

    Prenant la forme d’un survival, dans un geste quasiment inédit dans le paysage des blockbusters américains (le réalisateur de Sixième Sens sait prendre son temps), After Earth donne aussi l’impression que Shyamalan tente à sa façon de survivre face à Hollywood, mais aussi face à des critiques de plus en plus acerbes, lesquelles n’ont toujours pas digéré la mort du critique dans La Jeune fille de l’eau. Une séquence pourtant importante dans la filmographie du cinéaste, où il éliminait le personnage cynique de service, en même temps qu’il laissait comprendre qu’il ne se préoccupait plus de l’accueil de ses films, pour continuer à faire ce qu’il avait envie de faire. Pas étonnant alors de le voir convoquer son propre cinéma dans son dernier film via des séquences/images très fortes. On pense par exemple à celle très belle avec l’aigle (animal tout droit sorti de La Jeune fille de l’eau, là encore), ou bien celle de la balise pointée vers le ciel, qui renvoie indéniablement à Signes, lorsque Morgan tentait de  capter le signal extraterrestre avec un babyphone. Et puis, il y a cette scène très importante où Kitai se réfugie dans une grotte et aperçoit de vieilles peintures préhistoriques, avant d’y dessiner le plan qu’il se remémore (là aussi, on pense au jeu vidéo). Surtout, ces peintures témoignent de la pérennité des images et, de la même façon qu’il se donnait le rôle d’un personnage capable de changer les consciences et de guider les hommes dans La Jeune fille de l’eau, de la volonté du cinéaste à s’inscrire dans le temps.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    2 Commentaires

    1. Lced · 6 novembre 2013 Répondre

      Merci pour cette critique, à la hauteur de l’oeuvre cohérente, perchée, naïve et touchante de ce grand monsieur. Un plaisir de te lire.

    2. David Butelet · 9 octobre 2013 Répondre

      Quelle merveille ! Je ne comprends pas qu’on ne puisse pas aimer à moins d’être vraiment lobotomisé par des blockbusters sans âme.
      C’est posé, précis, émouvant, profond, etc. Que demander de mieux !
      Je suis un éternel fan de Shyamalan.

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