Elysium – Neill Blomkamp

    Elysium – Neill Blomkamp

    matt-damon-elysiumJe suis généralement assez indulgent avec ces œuvres qui forcent le trait pour mieux souligner ce qu’ils tentent de critiquer. Mais avec Elysium, j’arrive à la limite de ce que je peux supporter. Il faut dire que le monde imaginé par Neill Blomkamp manque cruellement de nuance, en ne laissant notamment aucune place aux classes moyennes. On y est soit très pauvre et on vit dans un Los Angeles transformé en un immense bidonville, soit très riche et on coule des jours paisibles à Elysium, une station spatiale qui abrite des banlieues chics ultra sécurisés comme on en voit fleurir un peu partout aux Etats-Unis.

    Que la répartition de la population soit aussi caricaturale apparaît sans aucun doute comme une volonté de la part de Neill Blomkamp, critiquant en creux son pays d’origine : l’Afrique du Sud. Mais c’était fait avec beaucoup plus de subtilité dans son précédent film, District 9. Ici, la satire manque de force, elle est gâchée par des méchants très méchants, au point que le PDG d’une grosse entreprise ne veut même pas respirer le même air que ses ouvriers et demande à ce qu’on expédie l’un de ses employés pour garder le drap propre sur lequel il agonise. N’en jetez plus !

    A cette vision très binaire s’ajoute également un problème de casting. Il y a d’abord Matt Damon, qui incarne l’un de ces ouvriers travaillant à la chaîne et qui peine à joindre les deux bouts. Pourtant, lorsqu’il soulève ses haillons, sa musculature toute jason bournesque tranche un peu avec la misère ambiante. L’acteur n’y est pour rien, son physique n’est tout simplement pas taillé pour le rôle. Et l’on peut aussi ajouter Jodie Foster, dont le personnage, grotesque, semble tenir sur deux lignes. A l’inverse, l’acteur sud-africain Sharlto Copley se fond lui à merveille dans le rôle de Kruger. Ce dernier vient d’ailleurs offrir un peu de gris à ce divertissement bénéficiant d’une direction artistique réussie (la Cité des Anges sous la crasse), en partie influencée par le jeu Halo que Blomkamp continue de citer (le réalisateur, inconsolable, devait en réaliser l’adaptation). On peut également reconnaître au film une belle mise en place avant que celui-ci ne sombre dans sa dernière partie. Mais c’est surtout la grossièreté de l’univers dépeint par Elysium qui le rend finalement peu recommandable…

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    1 Commentaire

    1. Philippe M. · 28 août 2013 Répondre

      Vu hier, je lis ta critique après coup.  » District 9  » était en effet autrement plus subtil et il faudrait presque l’oublier pour réviser ses attentes à la baisse et apprécier un tant soit peu celui-là. Ce que j’ai sans doute fait sans m’en rendre compte puisque je ne me suis pas ennuyé même si le tout restera parfaitement oubliable, entre autre pour les raisons que tu donnes, évocations justes et pertinentes encore une fois. Quand tu parles de  » grotesque  » au sujet du personnage qu’incarne Jodie Foster , le terme est à nouveau bien choisi. J’étais même étonné qu’elle ait pu justement passer à côté de cela en acceptant un rôle qui … Ne lui va pas du tout. Plutôt qu’oublier District 9, autant oublier Elysium et garder en mémoire le premier, quitte à le revoir prochainement si cela peut aider.

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