God Bless America – Bobcat Goldthwait

    God Bless America – Bobcat Goldthwait

    20126555C’est un film d’une salvatrice immoralité. Dès la première scène (le meurtre d’un bébé en hors-champ), le ton est donné. Mais c’est surtout un film d’une grande intelligence, beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît, et qui n’a rien de provoc’ malgré cette première séquence. Intelligent parce que les Bonnie & Clyde du film, qui décident de tuer tous ceux qu’ils jugent inutiles à la société (principalement des pantins de la télé réalité), ne sont jamais montrés comme des héros.

    Au contraire, ils sont même aussi bêtes que ce qu’ils dénoncent. Le personnage principal ne cesse de critiquer les programmes télé, et pourtant, il ne peut s’empêcher de les regarder. Ils ont même quelque chose d’un peu absurde, qui confirment encore un peu plus qu’ils n’ont rien d’héroïque. Lors de son premier meurtre, par exemple, Frank tente de faire exploser la voiture de sa victime en faisant exploser le réservoir. La caméra filme la séquence à la manière d’un film d’action, avec le personnage qui avance vers la caméra au ralenti. Et alors qu’on s’attend à ce que la voiture explose derrière lui, on remarque que le chiffon enflammé qu’il avait mis dans le réservoir s’est envolé un peu plus loin. Alors qu’il tente de le remettre, il se brûle, ce qui le pousse à tuer sa victime « vulgairement » avant de partir pitoyablement.

    Et puis, God Bless America pose aussi la question des limites. Sans jamais remettre en question la liberté d’expression (comme tentera de se défendre un présentateur télé), le film dit simplement qu’il ne serait peut-être pas insensé de poser certaines barrières, par moment. Le personnage illustre cela lorsqu’il dit qu’aujourd’hui, lorsque les candidats de Survivor mangent des insectes, cela nous paraît anodin par rapport à ce qui a été montré depuis. Enfin, il faut voir comment est filmé la relation entre Frank et Roxy. Et la manière dont God Bless America écarte rapidement toute ambiguïté sexuelle possible entre les deux, s’affranchit de toute morale pour donner lieu à de très belles séquences (à mille lieues de l’immonde Léon de Luc Besson).

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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