Interstellar – Christopher Nolan

    Interstellar – Christopher Nolan

    Interstellar-01Souillée, la Terre est à l’agonie. Le maïs est la dernière ressource produite par la planète. Ancien pilote de la NASA, Cooper s’est reconverti comme cultivateur. Il vit avec son beau-père Donald (John Lithgow, toujours excellent) et ses deux enfants, Murphy et Tom. En restant dans le cadre intime d’une famille, Interstellar rappelle dans un premier temps Signes. On y suit Cooper et ses enfants (la mère est morte, là aussi) qui, comme dans le film de Shyamalan, habitent au milieu de champs de maïs. Puis, alors que le récit se met en route, on pense à John Ford, la conquête de l’Espace remplaçant celle de l’Ouest, avec ce plan, très beau, où Cooper laisse sa famille sur le perron et s’éloigne vers l’horizon. La manière dont le film passe sans transition, avec un remarquable sens de l’ellipse, de la campagne américaine à l’espace intersidéral, des pleurs liés du départ au décollage de la fusée vers les étoiles est admirable. En plus de nous éviter les fatigantes scènes d’entraînement précédant la mission. Cette manière de faire renforce d’ailleurs la puissance émotionnelle qu’implique le voyage entrepris par Cooper. Elle résume brillamment toute la double question qui sous-tend le long-métrage : Cooper doit-il rester ou se sacrifier pour protéger ceux qu’il aime ? Car cet au revoir, ressemble davantage à un adieu. Si Cooper parvient à revenir, ce ne sera pas avant plusieurs années…

    Interstellar apparaît de très loin comme le plus beau long-métrage d’un réalisateur souvent lourdingue, dont chaque film criait sa volonté de faire œuvre. Ici, malgré son sujet et son ambition, Interstellar n’a rien du film prétentieux redouté. Même l’utilisation de la pellicule, dont on pouvait craindre qu’il ne s’agisse que d’une pose, apporte finalement beaucoup. D’abord salie, voire même floue, la pellicule gagne en netteté dès lors que Cooper s’éloigne des tempêtes de poussière qui s’abattent sur Terre. Cette lourdeur, qui était au centre de Man of Steel (dont Nolan était le scénariste), on sent ainsi qu’il cherche à s’en extirper, comme les personnages s’arrachent de la gravité terrestre. On connaît ainsi l’amour de Nolan pour le cinéaste Terrence Malick, et on le ressent sur certains points, notamment au début où il filme le vent soufflant dans les champs de maïs. On se souvient d’ailleurs de la bande annonce de Man of Steel qui reprenait clairement le style malickien. L’influence reste sans doute mineure (on pense tout de même à Tree of Life par moment), mais elle semble témoigner de cette envie d’alléger son cinéma. Et globalement, il y parvient, à part peut-être dans l’utilisation de la musique d’Hans Zimmer qui, bien que très réussie et insufflant à certaines séquences une puissance rare, se révèlent un peu trop présente.

    On ne va pas mentir, Interstellar reste ce rouleau compresseur que l’on ne peut arrêter. Mais c’est ici l’une de ses qualités car Nolan a cette capacité à emballer un récit pour ne plus nous lâcher. Et ce que l’on regrettait dans ses précédents films, c’était cette façon de tout aplatir, y compris l’émotion. Mais, cette fois-ci, il prend le temps de s’arrêter. Et ça change tout. On pense bien sûr à cette scène, terrassante, où Cooper découvre sa fille en vidéo qui à l’âge que lui avait lorsqu’il est parti dans l’espace. Bien qu’attendue, la séquence bouleverse car elle va contre l’ordre naturel des choses. Et le film ira d’ailleurs encore plus loin lorsque Cooper, de retour avec les siens, retrouve sa fille, beaucoup plus âgée que lui, sur son lit de mort (on repense à cette vieille dame tenant un bébé dans ses bras dans Benjamin Button).

    Bien qu’Interstellar évoque indéniablement 2001 : l’odyssée de l’espace, il en est finalement très opposé, et ne pâtit donc pas d’une quelconque comparaison, qui n’a finalement pas lieu d’être. A l’inverse du chef-d’œuvre de Kubrick, qui est un objet froid, cérébral et métaphysique, le film de Nolan vise le cœur. Moins profond (le film reste compréhensible dans l’ensemble pour peu que l’on possède un minimum de connaissances), il s’intéresse davantage aux répercussions mélodramatiques du voyage interstellaire. Certains critiques ont d’ailleurs judicieusement comparé le film à ceux de Douglas – le prince du mélodrame – Sirk (Le Mirage de la vie, plus particulièrement) ou ceux de Vincente Minelli. En plus d’être bouleversant, cet écoulement du temps, qui diffère selon l’endroit où se trouve les personnages, offre des moments d’une très grande tension. On pense bien sûr à cette séquence où, sur une planète, une heure passée sur celle-ci équivaut à sept ans sur Terre. Comme dans Inception, Interstellar joue sur un système de couches (dimensions) interconnectées où les actions des uns se répercutent sur celles des autres. Et finalement, les héros partent dans l’espace comme ils s’enfoncent dans les rêves des gens dans Inception, sans trop savoir s’ils vont pouvoir en revenir, sans trop savoir s’ils parviendront à changer les choses et, finalement, si le voyage en valait la peine. On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à Interstellar mais elles s’effacent derrière l’intensité émotionnelle qu’il dégage, par sa représentation du temps, et sa manière de nous dire que, quoiqu’on fasse, il nous rattrapera toujours.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    2 Commentaires

    1. Hiro · 25 novembre 2014 Répondre

      Ca vaut pas 2001… ^^

    2. Franky Fockers · 19 novembre 2014 Répondre

      Y a deux N à Minnelli, sinon ça fait vendeur de chaussures.

    Défendez votre point de vue