Je veux voir – Joana Hadjithomas et Khaul Joreige

    Je veux voir – Joana Hadjithomas et Khaul Joreige

    18997278.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxC’est vraiment passionnant ce qu’il se passe cette année au cinéma du côté de la frontière entre le documentaire et la fiction. Que ce soit Redacted, Diary of the Dead, Rec. ou encore Valse avec Bashir. Je veux voir abolit encore un peu plus la ligne entre le documentaire et la fiction. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Je veux voir est bel et bien un film de fiction, on y décèle facilement la mise en scène des situations, on y aperçoit même les ficelles et ceux qui les tiennent. Catherine Deneuve joue dans ce film son propre rôle. Elle est invitée au Liban pour traverser le pays jusqu’à sa frontière au Sud. Elle va accompagner, un autre acteur, Rabih Mroué, à bord d’une voiture, que la caméra ne quittera finalement que très rarement.

    L’une des questions du film est de se demander ce que l’on pourrait bien voir à Beyrouth, et dans ses alentours, que l’on n’aurait pas déjà vu à travers les milliers d’images venues du monde entier. La réponse, ce serait rien. A l’image de Rabih qui de retour dans son village d’enfance ne retrouve pas la maison de sa grand mère. Ce que le film donne à voir est ailleurs, même s’il parvient malgré tout à nous imprégner la rétine d’images fortes (la ville jetée à la mer).

    La force de ce film, c’est la multiplication des regards. Et ce qu’on peut lire dans le regard des personnages. Je veux voir est un film sur le regard. Celui des réalisateurs, d’abord, d’une extrême pudeur. Mais c’est aussi celui effrayé de Deneuve, après qu’elle ait entendu la déflagration d’un avion israélien dépassant le mur du son. C’est celui perdu de Rabih ne retrouvant pas la maison de sa grand-mère. C’est aussi celui des villageois regroupés autour de la voiture de Deneuve, où elle s’y abrite aussi. Avec cette obsession pour la ceinture de sécurité (le film ne manque pas d’humour, voir le personnage du garde du corps) jusqu’au moment où la ceinture s’avère superflue face aux mines ou à l’hypothétique attaque d’un avion.

    Mal à l’aise face au regard des villageois, Catherine Deneuve le sera davantage à la fin du film, où on retrouvera l’actrice à un gala où elle n’a manifestement pas envie d’être. A travers les flashs, c’est un autre regard qu’elle cherchera, celui de Rabih, lors d’un échange tendre, presque amoureux, entre deux êtres qui le temps d’une journée auront été les guides d’un bouleversant regard cinématographique.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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