La Guerre est déclarée – Valérie Donzelli

    La Guerre est déclarée – Valérie Donzelli

    photo-La-Guerre-est-declaree-2010-5Sa première réussite, c’est d’abord de traiter d’un sujet aussi lourd avec légèreté sans jamais paraître décalé, et encore moins inapproprié. D’où cette sensation d’un film assez pop (c’est parfois très coloré, la musique est très présente) qui s’écarte d’une austérité à laquelle on aurait pu s’attendre. Ça n’empêche pas le film d’être bouleversant, bien au contraire, via des séquences terriblement émouvantes (il y en a plusieurs mais celle où Roméo tente de retenir ses larmes est magnifique). Mais La Guerre est déclarée ne tombe jamais dans le pathos, tout simplement parce que les parents se refusent à tomber dans l’abattement après la découverte de la maladie de leur fils. Et plus que le sujet, on sent que l’aspect autobiographique leur a permis de réfléchir à la manière de filmer la démarche de ces parents. La mise en scène se révèle ainsi très inspirée, maîtrisant parfaitement les scènes de champ/contre-champ et montrant parfois une vraie liberté (la caméra suivant Juliette courant dans les couloirs de l’hôpital et qui retranscrit toute sa détresse). Globalement, la réalisation parvient avec force à retranscrire les diverses émotions du film (l’attente insoutenable, les révélations comme des couperets des médecins, l’appréhension au moment d’appeler son ami et sa famille pour leur annoncer la terrible nouvelle… ), offrant à chaque fois des séquences saisissantes. Et tout se joue parfois sur de simples gestes, que la complicité des deux acteurs vient renforcer : un clin d’œil de Juliette à Roméo, un regard posé sur l’autre.

    La Guerre est déclarée n’est d’ailleurs pas un film sur la maladie, c’est avant tout une histoire d’amour (les personnages s’appellent Roméo et Juliette), où un couple se trouve confronté à la maladie de leur enfant. C’est d’ailleurs abordé avec une grande intelligence. Le film ne veut surtout pas prendre le spectateur en otage, en jouant sur un suspense ignoble, et la première scène du film donne finalement toutes les clés. Tout se joue en fait sur ce combat qui, de manière admirable, est vu à la fois comme quelque chose d’horrible mais aussi comme quelque chose de positif (renforçant l’amour du couple mais leur donnant aussi un sens à leur vie). Et ce combat, cette guerre, elle se joue donc à deux, en se fixant des règles (ne pas essayer d’en savoir plus sur la maladie ou d’imaginer le pire), en discutant, tout le temps, en se disant les choses (sublime et très drôle séquence où chacun dit de quoi il a peur). Autre très belle scène aussi, celle où Juliette hésite à poser une question au docteur, craignant d’enfreindre la règle et la dit alors dans l’oreille de son compagnon pour savoir si elle peut ou non la poser. Qu’un propos aussi sensible soit traité avec une telle intelligence, qui plus est doté d’une mise en scène au diapason, prouve que Valérie Donzelli est indubitablement une réalisatrice à suivre.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    1 Commentaire

    1. Jaron · 14 octobre 2013 Répondre

      Vu deux fois, avec autant de plaisir à chaque fois. Je crois que le fait d’être parents accentue davantage l’émotion de ce film. On ne peux s’empêcher de comparer, de se demander ce que l’on ferait à leur place, quelles seraient nos démarches. Ce film m’a beaucoup touché dans le sens où cette histoire peut toucher de nombreux parents dont nous ne sommes pas exclus. J’aime beaucoup la manière dont c’est filmé, et le jeux des acteurs. Elkaim on voudrait le secouer un peu mais son calme apaise quand même tout au long du film. Les différentes émotions, qu’elles soient tristes ou joyeuses sont bien jouées.
      Bref, moi j’ai absolument adoré. Cela fait assez longtemps que je l’ai vu, mais il me reste des images très fortes de ce film. Par exemple, la séparation entre l’enfant et sa maman lorsque celui ci pénètre dans le bloc, c’est brutal, et aussi brutale que l’attente des parents…
      Ou encore la sortie des parents post-opération, lorsqu’ils s’apprêtent à annoncer le verdict, et que toute la famille est là, sur le devant de l’hôpital, essayant de repérer une lueur d’espoir dans les yeux des parents.
      Les différents face à face avec les médecins. ou encore une scène très forte lorsque à la crèche le père voit bien que l’enfant a un souci, et que la maman ne voit rien, se voile la face, c’est une scène aussi très forte.
      Bref, moi j’ai absolument adoré.

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