A la recherche de Mister Goodbar – Richard Brooks

    A la recherche de Mister Goodbar – Richard Brooks

    looking-for-mr-goodbar-w1280Cette semaine est ressortie dans les salles A la recherche de Mister Goodbar de Richard Brooks, un film datant de 1977 et pratiquement invisible depuis. Il ne passe que dans deux salles actuellement (une à Paris, une à Montpellier) mais si vous avez l’occasion d’y aller, il ne faut surtout pas hésiter. Bien qu’âgé de 65 ans, Richard Brooks y faisait preuve d’une grande pertinence en levant le voile sur une Amérique dépassée par un changement de mœurs qu’elle ne contrôle plus.

    On y suit Theresa, qui va faire l’expérience de la liberté, en multipliant les conquêtes sexuelles. La jeune femme est issue d’une famille hyper catholique soumis à un père tyrannique. Son émancipation survient très tard, après une relation décevante avec son professeur plus âgé qu’elle (Œdipe, tout ça). La journée, Theresa donne des cours à des enfants sourds-muets mais la nuit, elle arpente les bars et les boîtes de nuit, s’enfonçant peu à peu dans une forme de surconsommation que l’on devine tragique (les derniers plans, complètement traumatisants). On pense alors à Hardcore de Paul Schrader mais aussi à La Chasse de William Friedkin, en moins glauque. A travers une narration étonnante, jouant brillamment sur les changements de ton, sur les ruptures,  A la recherche de Mister Goodbar doit sa force à son ambiguïté, ce qui a poussé certaines critiques de l’époque à le qualifier de réactionnaire. Mais il me semble qu’il ne faut pas prendre la dernière séquence comme « une punition » pour tous les actes commis par l’héroïne. Richard Brooks y montre surtout l’impossibilité de se libérer, spécialement pour une femme qui aspire à un mode de vie marginal. Car en quittant sa famille, Theresa ne se rend finalement pas compte qu’elle s’enferme dans une autre dépendance culturelle toute aussi excessive.

    Diane Keaton interprète remarquablement cette jeune femme qui a basculé plus vite que l’Amérique elle-même. Elle signe peut-être ici l’un de ses plus grands rôles, parfaitement accompagnée par les jeunes Richard Gere et Tom Berenger. A la recherche de Mister Goodbar révèle non seulement une très belle distribution mais aussi un point de vue perspicace, car jamais moralisateur, d’une société qui, à force de vouloir aller trop vite, sombre peu à peu dans la violence.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    1 Commentaire

    1. deiber · 2 décembre 2013 Répondre

      Le film passe également cette semaine à l’Institut Lumière à Lyon.
      http://www.institut-lumiere.org/reeditions.html

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