La Vénus à la fourrure – Roman Polanski

    La Vénus à la fourrure – Roman Polanski

    21044235_201309261036255881Même si j’adore Roman Polanski, qui a réalisé plusieurs chefs-d’œuvre absolus, j’y suis allé un peu à reculons. Mais finalement, c’est bien. Voire même très bien tant le film parvient à se montrer passionnant avec une économie de moyens. En tout cas, c’est bien mieux que son précédent, Carnage, qui était du mauvais théâtre filmé. Ici, on pouvait le redouter également puisque le réalisateur de Rosemary’s Baby nous enferme pendant une heure et demie dans une salle de théâtre alors qu’une mystérieuse jeune femme (Emmanuelle Seigner, excellente) insiste pour passer à la dernière minute l’audition d’une pièce adaptée par le metteur en scène Thomas (Mathieu Amalric, impeccable).

    Le film est plutôt habile pour créer une atmosphère de plus en plus mystérieuse. La Vénus à la fourrure  débute comme une comédie pure, sur une rencontre apparemment improbable. D’apparence plutôt vulgaire, Vanda ne mâche pas ses mots, à l’inverse de son chewing-gum qu’elle mastique sans aucune élégance. Bref, elle ne semble absolument pas taillée pour le rôle. Un peu comme si Mathilde Seigner, la sœur, passait une audition pour jouer dans Barry Lyndon. Étant donné son insistance, mais aussi parce qu’elle est venue avec des accessoires adéquats, Thomas lui laisse tout de même sa chance. Il va d’ailleurs vite se rendre compte que la jeune femme cache bien son jeu : elle connaît le texte par cœur, change brillamment l’éclairage, apporte quelques modifications intelligentes au texte… Leur relation va prendre une tournure inattendue, semblable à celles de leurs personnages, dans un jeu de sadomasochisme, drôle et subtile, qui renvoie forcément au rapport acteur/metteur en scène.

    La Vénus à la fourrure apparaît en effet comme une mise en abyme  captivante à mesure que Vanda se confond avec le personnage de la pièce, qui porte d’ailleurs le même nom qu’elle. La mise en abyme est même double puisque Mathieu Amalric incarne clairement Roman Polanski (la ressemblance est troublante, d’autant plus lors du final rappelant directement Le Locataire où Polanski y jouait justement le rôle principal). La relation des personnages dépasse aussi celle du cadre filmé, fait référence au rapport entre les couples (son couple ?). Le long-métrage peut paraître assez pépère pour un cinéaste du calibre de Polanski. Mais la réalisation fait preuve d’une belle énergie pour un huis-clos et, surtout, La Vénus à la fourrure se révèle plus riche qu’il n’y paraît, offrant différents niveaux de lecture selon la manière dont on veut bien l’aborder. Pas si mineur donc.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    1 Commentaire

    1. Dyades · 29 décembre 2013 Répondre

      Ca fait toujours plaisir de lire ça !

      Un très bon film pour ma part, assez hallucinant de voir ça en 2013.

    Défendez votre point de vue