Le Territoire des loups – Joe Carnahan

    Le Territoire des loups – Joe Carnahan

    K3F_6083.NEFJoe Carnahan délaisse l’action décomplexée de L’Agence tous risques pour nous offrir une série B nettement plus épurée, plus sèche aussi. Sur certains aspects, le film n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’excellent Traqué de William Friedkin, l’homme étant ici pourchassé par une horde de loups. Dès le début, Le Territoire des loups impose son écrasante atmosphère. Dans l’immensité du Grand Nord, John Ottaway (Liam Neeson dans l’un de ses meilleurs rôles) travaille pour une compagnie pétrolière. Sa mission consiste à protéger les employés des forages contre les animaux sauvages. Hanté par le souvenir d’une femme, dont il conserve la photo avec lui, John se traîne dans des décors magnifiques (le film a été tourné dans des décors naturels), tel un fantôme hésitant entre le monde des morts et celui des vivants.

    Suite à un accident d’avion, que l’on n’avait pas vu aussi bien filmé depuis le crash de Seul au Monde (et avant de découvrir celui de Flight, toujours réalisé par Robert Zemeckis), John se retrouve, avec quelques survivants, perdu au milieu de nulle part. Ces derniers vont devoir survivre à une horde de loups particulièrement hostiles (le film se fout bien de tout réalisme animalier et tant mieux). D’ailleurs, on préférera largement le titre original, The Grey, lequel retranscrit nettement mieux toute la nuance du film, du pelage gris des loups à l’humeur de son personnage principal. La première réussite du film, c’est alors de mettre la vie de tous ses survivants dans les mains d’un héros suicidaire. Et si cette catastrophe aérienne semble l’excuse parfaite pour lui de se laisser mourir, elle révèle chez lui le goût du combat où la survie importe moins que le simple fait de combattre (« Vivre et mourir en ce jour » scande continuellement le personnage).

    De cette simplicité, Le Territoire des loups tire toute sa puissance, toute son énergie. La mise en scène se met au diapason avec une économie de moyens qui ne rend que plus forte chacune de ses séquences (jeu sur le silence, les bruits ou la musique). Si l’étude des caractères n’est pas la plus grande réussite du film (la bande de survivants rappelle quelque peu celle des Ailes de l’enfer), la sobriété des dialogues permet de passer outre des personnages légèrement caricaturaux. Surtout, on retient l’extrême noirceur du film où les appels à Dieu resteront sans réponse. Nihiliste, Le Territoire des loups s’achève dans une ultime scène, sans concession, que l’on n’a pas l’habitude de voir aussi souvent à Hollywood. Sous ses airs de série B, Joe Carnahan signe un excellent film animal et minéral.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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