Les Beaux gosses – Riad Sattouf

    Les Beaux gosses – Riad Sattouf

    les-beaux-gosses-01Alfred Hitchcock disait qu’il valait mieux partir du cliché que d’y parvenir. Il semble que Riad Sattouf, célèbre auteur de bandes dessinées dont c’est ici la première réalisation, ait parfaitement retenu la leçon. Avec leurs boutons d’acné, leurs voix en pleine mutation, Hervé et Camel, les deux principaux protagonistes du film, correspondent parfaitement à l’image que l’on peut se faire de l’adolescent. Mais là où le réalisateur parvient à s’extirper de ces caricatures, c’est dans un sens du détail qui fait mouche. La bonne idée, c’est d’abord de donner au film une temporalité pas vraiment définie. Si Les Beaux gosses se passe de nos jours, on reste surpris de voir les portables ou les ordinateurs (quasiment) bannis de l’histoire. A vrai dire, il y a une ambiance qui se rapproche de celle de la fin des années 70 et du début des années 80. Exemple : les collégiens ne se masturbent pas devant un site pornographique mais devant le catalogue de la Redoute. Ce qui donne lieu à la superbe scène dite de la chaussette.

    Dès lors, Les Beaux gosses parlera peut-être encore davantage aux spectateurs nés durant cette période. Attention, cela ne retire en rien au côté universel qui ressort de ce premier long-métrage, et tout le monde devrait se reconnaître dans ces personnages formidablement écrits. On pense notamment à cette scène fabuleuse où la mère d’Hervé entre sans frapper dans la salle de bains, alors que son fils s’entraîne à embrasser devant le miroir. Gêné, ce dernier tente de s’affirmer en criant sur elle, en feignant de s’emporter… sans y arriver. A ce moment, le jeu volontairement faux de l’acteur (c’est sa colère qui est fausse) sonne d’une manière incroyablement juste.

    Et si la direction d’acteurs se révèle très maîtrisée (jusqu’aux moindres seconds rôles), c’est aussi parce que Riad Sattouf ne pose aucune jugement sur ses personnages. On sent qu’il a pour eux une réelle affection, qui n’est pas sans rappeler ce que l’on peut voir dans les meilleures comédies américaines récentes (SuperGrave, en tête). Du point de vue de la mise en scène, le jeune réalisateur s’en sort bien, évitant globalement l’aspect « succession de vignettes » tant redouté pour un auteur de bandes dessinées passant à la réalisation. Il offre même quelques plans très réussis (Camel courant en arrière-plan après le bus) et une utilisation remarquable de la musique (qu’il signe en partie avec Flairs). Cette dernière, parfois étrange et mystérieuse, trouve quelques similitudes avec celle de Quentin Dupieux, pour son film Steak. Hasard ou non, chacun dans leur genre, ils comptent parmi les plus belles réussites comiques du cinéma français des années 2000.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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