L’Homme de Londres – Bela Tarr

    L’Homme de Londres – Bela Tarr

    photo-L-Homme-de-Londres-The-Man-from-London-2005-2Très difficile de juger de L’Homme de Londres à froid. Le dernier film en date de Bela Tarr est une œuvre hermétique, intimiste qui ne fait rien pour se rendre attirante (sans péjoration aucune). Récit minimal, lieu unique et une construction en rond (ente autres symbolisés par les mouvements circulaires de la caméra à travers sa nacelle d’aiguillage), où rien n’évolue.

    Car si le héros du film, Malouin, tente de changer de vie après avoir récupéré une mallette pleine d’argent, il est très vite rattrapé par la vie avant d’être assailli par sa conscience. C’est là la plus grande réussite du film, nous maintenir constamment dans la tête de son personnage (d’où cette idée encore de film renfermé sur lui-même). Quand la caméra ne nous permet pas de voir le monde (réduit au port de Bastia) à travers les yeux de Marlouin, c’est pour mieux coller au plus près du personnage. Et le suivre via des plans séquences d’une beauté sidérante.

    C’est peu de dire que Tarr se fout de son histoire. Ce qui l’intéresse, ce n’est donc pas le devenir de son personnage mais son combat interne et sa liberté, à laquelle il n’aura jamais droit. De ce point de vue, Tarr offre à nouveau une mise en scène magistrale, qu’on ne cessera jamais de saluer. Elle n’est pas seulement d’une bouleversante virtuosité, elle est vraiment toute entière au service de son film. Élevant chaque chose, même la plus insignifiante, à une intensité rare (les plans sur le cadenas, par exemple). Et puis, comme d’habitude, on reste admiratif devant la chorégraphie minutieuse de ses films. L’Homme de Londres n’y échappe pas et prouve encore une fois la maîtrise de son réalisateur.

    Alors un mot sur cette traduction française qui fait parler. Bien que bancale, surjouée, presque à côté de la plaque, elle a pourtant, semble-t-il, été voulu comme tel par Tarr. Alors, c’est sans doute raté mais d’un autre côté, ces scènes de dialogue renforcent les autres silencieuses. Le film aurait d’ailleurs presque pu être muet. Ce décalage apparaît à plusieurs reprises : les poivrots dansant dans le bar -moment absolument magique par ailleurs-, la scène dans le magasin avec les deux vendeurs… Alors voulu ? pas voulu ? Peu importe au final, elle n’entache en rien ce merveilleux film, à la fois dense et simple d’où ressort un personnage dont on n’a pas parlé et sur lequel se termine pourtant le film. Un visage qui porte en lui toute la détresse du cinéaste, dans ce qui est peut-être le plus beau plan de l’année.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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