L’Inconnu du lac – Alain Guiraudie

    L’Inconnu du lac – Alain Guiraudie

    Linconnu-du-Lac-Alain-GuiraudieComme La Fille de nulle part de Jean-Claude Brisseau, L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie fait preuve d’une économie de moyens qui ne l’empêche pourtant pas d’être un grand film de cinéma. Tout se déroule ici autour d’un lac, divisé en quatre lieux : la plage, le lac, le bois et le parking. On y suit Franck, un jeune homme qui vient passer ses après-midis au bord d’un lac pour y rencontrer d’autres hommes (le petit bois servant de chambres d’hôtel). Sur la plage de graviers, on est immédiatement frappés par la disposition de ceux qui l’occupent. Tous sont ensemble et à la fois complètement seuls. Tout le monde s’observe dans son coin, se rapproche parfois un peu plus loin, mais il règne une forte impression de solitude. Surtout, il y a Henri, qui se trouve à un autre pan de la plage, à l’écart. Franck et Henri vont se lier d’amitié. Il n’y aura rien de sexuel entre eux. Juste le plaisir de discuter ensemble et de se retrouver.

    Un rituel s’instaure alors, que la mise en scène d’Alain Guiraudie dépeint admirablement. Un plan sur le parking et la Renault 25 de Franck vient se garer à l’ombre du même arbre. Franck arrive ensuite sur la plage, échange quelques mots avec Henri. Puis, il retrouve Michel, un homme dont il tombe amoureux, et encore plus lorsqu’il voit ce dernier assassiner l’un des habitués des lieux. Car la mort n’effraie pas les personnages, elle est même préférable à la solitude à laquelle tous essaient d’échapper. Et on ne compte pas les plans qui isolent admirablement chaque personnage dans leur cadre (et on ne parle pas du dernier plan, fabuleux). A l’inverse, est-ce que Michel tue parce qu’il a peur de tomber amoureux pour in fine souffrir à nouveau ? Lui qui préfère rentrer seul chez lui tous les soirs plutôt que de passer la nuit avec Franck.

    De toute évidence, Michel est l’inconnu du lac. Mais on se rend compte que chacun des personnages pourrait tenir ce rôle tant ils errent tous sans véritablement se connaître, comme le fera remarquer l’inspecteur chargé d’enquêter sur le noyé. L’amour et le désir sont ici envisagés comme une façon comme une autre d’échapper encore et toujours à cette solitude. Le sexe, bien que filmé parfois frontalement, y est d’ailleurs représenté avec une infinie douceur. Pendant l’acte, la solitude demeure néanmoins présente, et Franck demandera systématiquement à ce qu’on l’embrasse au moment de jouir. De tous les protagonistes, Henri est celui sur laquelle la solitude semble avoir le plus d’emprise. Il n’en est que plus bouleversant avec cette façon qu’il a de se tenir les bras près du corps, le renfermant encore plus sur lui-même. L’acteur mériterait un César. Le film, tous les honneurs.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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