Only Lovers Left Alive – Jim Jarmusch

    Only Lovers Left Alive – Jim Jarmusch

    only-lovers-left-aliveSi on aime Only Lovers Left Alive, c’est avant tout pour son ambiance. D’abord dans sa manière de s’approprier le film de vampires. Pas tant parce qu’il joue avec les codes du genre, même s’il se révèle plutôt amusant (les personnages immortels, qui s’appellent Adam et Eve, auraient inspiré certains des plus grands génies de la littérature et de la musique), mais davantage parce qu’il s’inscrit pleinement dans le romantisme inhérent au genre. Sa puissante atmosphère, on la doit aussi à la façon qu’a Jarmusch de filmer Tanger ou Détroit. Et le choix de cette dernière apparaît d’ailleurs particulièrement judicieux avec ses décors post-apocalyptiques et ses commerces abandonnés. Une ville fantôme en somme qui tend à montrer la décrépitude de notre monde, que les personnages ne cessent de souligner (ils appellent les humains des « zombies »).

    Mais alors, Only Lovers Left Alive inquiète un peu quant à ses intentions. En tout cas dans sa première partie. Que nous dit Jarmusch à travers le personnage d’Adam qui reste cloîtré chez lui à accumuler des objets du passé (celui-ci ne veut même pas se mélanger avec les humains, ni même boire leur sang) ? Que c’était mieux avant ? Le film n’est alors jamais loin de tomber dans un snobisme souvent reproché au réalisateur. C’est à la fois dérangeant cette manière de regarder un peu de haut (le spectateur ?) et, en même temps, on peut l’interpréter différemment. Comme le disait Nanni Moretti dans Journal Intime : « Moi, même dans une société plus décente que celle-ci, je serai toujours avec peu de gens. Mais pas comme dans ces films où un couple se déchire parce que le cinéaste ne croit pas en l’homme. Moi, je crois en l’homme, mais pas à la majorité. Je serai toujours bien avec une minorité. » Est-ce finalement ce que Only Lovers Left Alive veut lui aussi nous dire ? On hésite.

    Mais l’arrivée d’un nouveau personnage vient changer la donne. Celui de la sœur d’Eve (Tilda Swinton). Elle vient en quelque sorte mettre un coup de pied dans la fourmilière. Elle insiste pour se mélanger au monde extérieur, et pousse les deux personnages (et plus particulièrement Adam) à sortir de leur morosité. Et avant de disparaître avec perte et fracas, elle détruit quelques-unes des antiquités qu’Adam conserve précieusement (de vieux vinyls, de vieilles guitares…). Plus loin, c’est lors d’une scène clé que le film semble finalement choisir son camp, qu’il ne se tourne plus vers le passé pour laisser entrapercevoir une lueur. A Tanger, le couple assiste dans un bar à un concert où une chanteuse à la voix lumineuse démontre à Adam que l’humanité a encore de belles choses à faire valoir. Cette scène fonctionne comme un déclic pour le personnage. Elle lui fait comprendre qu’ils ont encore des raisons de s’émerveiller et de s’intéresser au monde des humains. Et pourquoi pas alors (la dernière séquence est formidable), goûter à nouveau à leur sang…

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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