Lucy – Luc Besson

    Lucy – Luc Besson

    lucy-01Il ne faut pas bien longtemps à Lucy, dernier film en date de Luc Besson, pour qu’on saisisse la ridicule subtilité de sa mise en scène. Celle-là même que l’on retrouvait dans Angel-A et ses plans d’une finesse sans égale ; souvenez-vous ce plan du personnage féminin (que l’on devine être un ange) dont la tête venait se placer dans l’axe d’une statue – wait for it – d’ange. On retrouve ce même sens de la métaphore appuyée au burin dès les premières minutes de Lucy. Forcée par un ami à délivrer une mallette dans un hôtel de luxe, Lucy redoute des personnes avec qui elle va devoir traiter. Le réalisateur utilise alors le plus pathétique montage alterné vu depuis longtemps. Soit d’un coté Scarlett Johansson qui ne sait pas trop à quelle sauce elle va être mangée, et de l’autre, un documentaire animalier d’un léopard chassant une gazelle. Le message, comme on peut le voir, est d’une rare finesse. Mais attention, la proie n’est pas forcément celle que l’on croit. Alors, d’une manière tout aussi subtile, Luc habille son actrice d’une tenue léopard. Haaaan, c’est malin. Bien vu M. Besson. Merci de me mâcher comme ça le travail.

    La suite est à l’avenant. Pourtant, la séquence d’après laisse encore un peu de doute et d’espoir sur ce qui va suivre, lorsque la jeune femme se retrouve finalement avec un paquet de drogue dans le bide, prête à être expédiée en Europe. Mais dès l’instant où Lucy assimile cette nouvelle drogue, parce que le contenu de son paquet s’est dispersé dans son corps, la consternation commence. D’abord parce que l’héroïne se convulse de façon démesurée, au point d’être littéralement scotchée au plafond. Et aussi parce que Luc Besson a une nouvelle fois recours à un montage alterné qu’il maîtrise si bien. Heureusement, cette fois-ci, il laisse tomber la métaphore et s’en sert pour introduire un autre personnage (Morgan Freeman dans le même rôle que depuis 15 ans), qui tient une conférence sur le cerveau. Ce qui lui permet in fine d’apporter un (très) vague aspect scientifique au film, mais surtout de justifier du programme à venir. Et c’est bien simple, étant donné que l’être humain n’a aucune idée de ce qui se passerait si on utilisait notre cerveau à 100%, au lieu des 10% (une théorie aujourd’hui oubliée, mais passons), tout est absolument permis. Pratique. Très pratique. Trop pratique…

    Alors Luc Besson ne se gêne pas et se permet à peu près tout, élevant l’aberration du spectateur à un niveau rarement atteint, pour finir par dépasser tous les espoirs. Dans le même temps, il en profite également pour effacer d’un revers de la main des milliers d’années de mathématiques. Carrément. Mais on pardonnerait presque tout ça au film si le reste de ce qui devait faire office de scénario n’était pas d’une connerie abyssale, à l’image du personnage joué par Scarlett Johansson qui devient dans un premier temps une tueuse dégénérée (à croire qu’une intelligence supérieure ne rend pas plus pacifique). Et on passe également sur les personnages secondaires finalement inexistants ou les incohérences qui surgissent malgré le caractère invraisemblable de l’ensemble. Luc Besson s’en moque. Et il fait ce qu’il sait faire (comprendre tout sauf du cinéma). Soit mettre en scène une femme forte dans un monde d’hommes ; ajouter une pincée de Taxi avec l’inévitable course poursuite en voiture, où les flics français sont ridiculisés ; agrémenter d’un peu de Léon mais aussi du Cinquième élément. Et vous obtenez un film de Luc Besson, indigeste et idiot.

    Mais si Luc Besson régurgite sa propre filmographie, il lorgne aussi vers d’autres horizons. Il ne s’en est d’ailleurs pas caché, si l’on en croit une note d’intention préparée par ses soins pour l’équipe technique de Lucy. Il cite ainsi l’Inception de Nolan mais aussi, excusez du peu, 2001 : l’odyssée de l’espace de Kubrick. L’influence de ce dernier est la plus évidente. Celle qui achève de faire de Lucy cet insignifiant machin qui voudrait jouer dans la cour des grands. Difficile pourtant de savoir avec quel sérieux Luc Besson aborde son film. Sa durée même semble traduire la manière avec laquelle le cinéaste traite son sujet par-dessus la jambe. Et en même temps, il pense sans doute sérieusement dire des choses profondes dans ce long-métrage où seule la présence de Scarlett Johansson est à sauver. Mais il faut sans doute aussi y voir un film calculateur. Un film capable de faire croire aux adolescents qu’ils sont devant leur futur film culte (on leur donne rendez-vous dans dix ans). Parce que oui, on ne va pas se mentir, les 1h30 de film passent plutôt rapidement. En grande partie parce qu’on est maintenu par la curiosité de savoir jusqu’où le réalisateur du Grand Bleu est capable de s’enfoncer dans le n’importe quoi. Tant et si bien qu’on finit presque par culpabiliser d’avoir passé un moment somme toute regardable. Qu’on ne s’y trompe pas, Lucy nous rappelle simplement que la médiocrité et la bêtise ont aussi quelque chose de fascinant.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    3 Commentaires

    1. Ptibruno · 19 août 2014 Répondre

      En fait ce film c’est un naŕard genial , tout y est mauvais ( ca m’ettone que tu n’est pas parlé de la scene ou les flics croisent les genres de yakusa coreen comme si de rien n’etait ) , mais reste presque sympa a voir

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