Millénium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes

    Millénium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes

    milleniumOn oublie très vite qu’on a ici affaire à un énième remake américain tant l’on comprend ce qui a pu intéresser David Fincher dans le roman éponyme de Stieg Larsson. Plus fort encore la manière dont il se l’approprie. De toute évidence, ce n’est pas l’histoire qui intéresse ici le réalisateur de Fight Club mais bien ses personnages. En premier lieu, bien sûr, celui incroyable de Lisbeth Salander, jeune femme fascinante par son ambiguïté. Femme forte, dans la droite lignée des héroïnes du cinéaste, elle cache aussi une grande fragilité, la rendant indubitablement bouleversante ; Ronney Mara l’interprète à merveille.

    A ses côtés, Daniel Craig s’en sort lui aussi remarquablement dans le rôle d’un journaliste, perdu dans la froideur du nord de la Suède, prêt à tout pour découvrir la vérité. Ce dernier n’est pas sans rappeler le dessinateur de presse de Zodiac, avec cette même obsession pour l’enquête. Une obsession qui renvoie d’ailleurs à une autre enquête, et qui continue encore d’influencer le cinéma américain, à savoir l’assassinat de JFK. On y retrouve ce même décryptage de l’image que l’on scrute sous tous les angles à l’affût du moindre indice.

    Mais, cinéaste de son temps, comme peut-être aucun autre aujourd’hui, Fincher passe son enquête sous le filtre du numérique et du piratage (via le personnage de Lisbeth). Le générique, absolument somptueux, donne d’ailleurs le ton en dévoilant des corps recouverts d’huile noire où se mêlent des câbles de connexion. Poursuivant la trajectoire de son précédent film (The Social Network), Fincher dresse une vision de plus en plus mélancolique de notre monde, où derrière les apparences et la distance apportée par les univers numériques, se cachent des êtres en quête d’amour. Cette intimité dans le cinéma du réalisateur va de pair avec sa réalisation, que l’on a souvent jugé trop formaliste dans ses premiers films, et qui semble s’assagir au fil de son œuvre. Et bien que Fincher revienne au film de serial-killer, seize ans après Se7en, l’esthétique de Millenium se rapproche nettement plus de l’hyper réalisme de Zodiac, tandis que la narration retrouve l’emballement de celle de The Social Network.

    Construit en ligne droite, le film enchaîne les rebondissements à un rythme mené tambour battant, ne laissant aux spectateurs aucun répit, ni aucune concession (la scène du viol, particulièrement éprouvante). Il n’hésite d’ailleurs pas à expédier la conclusion de l’enquête, témoignant encore une fois du peu d’intérêt porté à l’histoire. La beauté du film réside dans le regard porté par Fincher sur ses personnages, ce qu’il dit d’eux et du monde qui les entoure.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    2 Commentaires

    1. TBiarneix · 17 octobre 2013 Répondre

      Moi qui n’avais pas envie de voir « un énième remake à la sauce américaine », tu as attisé ma curiosité…

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