I Origins – Mike Cahill

    I Origins – Mike Cahill

    i-origins-02I Origins ne vous dit sans doute pas grand-chose. Et c’est normal puisque le film a bénéficié d’une distribution scandaleuse par rapport au nombre de copies que peuvent se voir attribuer certains longs-métrages. Sorti le 24 septembre dernier, I Origins n’est diffusé aujourd’hui que dans une salle en France (programmé pour une seule séance en fin de journée), et ne sera sans doute plus à l’affiche mercredi prochain. C’est pourtant l’une des plus belles surprises de l’année. Un film ambitieux, qui flirte entre plusieurs genres, témoignant avant tout de notre besoin de croire.

    Et comme pour mieux souligner l’aberration de sa distribution, le synopsis officiel d’I Origins est complètement à côté de la plaque, évoquant la dernière partie du film comme postulat de départ. Ne le lisez surtout pas. I Origins raconte l’histoire d’un scientifique (Michael Pitt) qui tente d’infirmer la théorie de ceux qui estiment que l’unicité de l’iris est une preuve de l’existence de Dieu. Pour cela, il va tenter de prouver que l’œil obéit lui aussi aux lois de l’évolution (en tentant de donner la vue à un animal qui en est dépourvue). Si cette expérience scientifique reste présente en arrière-plan, le film prend d’abord des airs de comédie romantique. Le docteur Ian Gray rencontre en effet au cours d’une soirée une jeune femme, assez mystérieuse, dont il tombe rapidement amoureux. Dans un premier temps, I Origins convainc dans sa représentation très juste d’un tout jeune couple et des sentiments naissants. Tout du long, il filme brillamment les relations entre les personnages, notamment les scènes de dispute, tournées avec beaucoup de réalisme, sans que le réalisateur se sente obligé de tomber dans les claquements de porte et la vaisselle cassée. Les personnages se parlent, cherchent à comprendre au lieu de rompre tout dialogue.

    Mais si le film se montre aussi passionnant, c’est ne pas seulement pour son histoire d’amour ou pour son sens du montage (les ellipses sont très réussies), mais parce qu’il ne cesse de nous interroger tout au long sur un sujet précis, qu’il ne mentionnera d’ailleurs jamais clairement. Accompagnant le point de vue scientifique de ses personnages, I Origins sème ainsi peu à peu le doute et vient questionner la croyance de ses héros et du spectateur. En équilibre sur la fine ligne qu’il a lui-même construit, le film est toujours à deux doigts de tomber du mauvais côté. Mais il doit justement sa réussite à  ce travail de funambule, transformant des scènes incroyablement casse-gueule en des moments chargés d’une puissante émotion. Le long-métrage de Mike Cahill (Another Earth) bouleverse alors parce qu’il fait appel à notre besoin de croire. En ébranlant les convictions de ses personnages, il stimule notre intellect, en confrontant mysticisme et science. Surtout, Cahill a la bonne idée de ne rien affirmer, de laisser au spectateur le choix de croire ou non à ce qu’il vient d’assister. A l’exception d’une séquence post-générique franchement inutile (qui tombe précisément dans les travers que le film avait remarquablement évité), I Origins est une oeuvre largement recommandable.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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