Pacific Rim – Guillermo Del Toro

    Pacific Rim – Guillermo Del Toro

    pacific-rim09On a pu lire un peu partout l’importance qu’un film comme Pacific Rim cartonne au box-office. Parce qu’il s’agit ici d’un projet original et non pas d’une suite, d’un remake ou d’un énième reboot issu des comics américains. Dans un contexte où Steven Spielberg et George Lucas estiment qu’Hollywood risque l’implosion, l’échec du film pourrait en outre relancer le débat. Sur la question de l’originalité, on ne peut qu’être d’accord quand on regarde la production des blockbusters américains qui inondent le marché depuis quelques années. Pourtant, je ne suis pas certain qu’il faille réellement souhaiter que ce soit Pacific Rim qui fasse aujourd’hui office de porte-étendard…

    Certes, si la réussite du long-métrage rend les producteurs moins frileux à l’idée de produire d’autres projets originaux, on ne peut que s’en réjouir. Mais quand même, il serait un peu triste de voir que ce soit ce film-là qui incarne ce « renouveau ». Précisément parce qu’il ne propose rien de neuf et qu’il reprend tout du long tous les poncifs du blockbuster lambda. On pourra rétorquer qu’il joue ici la carte de l’autodérision. Argument facile qu’on nous ressert dès qu’un film n’a finalement rien à dire. Car tout y passe dans Pacific Rim, des héros à la mâchoire carrée, aux scientifiques comico-geeks, en passant par le discours ultime avant la dernière bataille. Que le scénario, digne d’un nanar, soit cousue de fil blanc, importe peu finalement ; on pourra même s’amuser (ou non) de cette théorie complètement improbable entourant l’existence des dinosaures. Le problème, on le répète, c’est que Pacific Rim n’a rien à dire et se cache derrière son prétendu fun. Et qu’il faudrait s’en satisfaire. Comme si les blockbusters hollywoodiens ne pouvaient prétendre à autre chose. On se souvient pourtant que Spider-Man 2 savait lui aussi se montrer fun, en nous baladant entre les buildings de New York, ce qui ne l’empêchait pourtant pas d’offrir une seconde lecture passionnante sur l’impuissance. C’est d’autant plus regrettable que le film renferme en son sein une très belle idée (celle de la symbiose des deux corps pour piloter les mecha), qui n’est finalement jamais exploitée.

    Le réalisateur mexicain préfère ainsi s’amuser avec ses jouets, en caressant les geeks et autres otakus dans le sens du poil. Mais après une mise en place prometteuse et un premier affrontement impressionnant, Pacific Rim retombe comme un soufflé. Et à l’exception d’une jolie scène de flashback, qui rappelle Le Labyrinthe de Pan (déjà loin d’être le grand film clamé par certains), il échoue également à provoquer la moindre émotion, notamment lors d’un final qui n’arrive pas à la cheville de celui d’Armageddon (c’est dire la pauvreté des personnages). Paradoxalement, et malgré ses millions bien présents à l’image (même la 3D s’en sort bien, particulièrement sur les effets de particule), Pacific Rim souffre d’un manque terrible d’ambition. Car si Del Toro prouve qu’il sait encore tenir une caméra (sans pour autant parvenir à transcender les scènes d’action), son film apparaît néanmoins bien insignifiant.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    4 Commentaires

    1. Insaisissables – Louis Leterrier | Critikall · 2 août 2013 Répondre

      […] le faire au détriment des personnages ? Un reproche que l’on pourrait d’ailleurs faire à Pacific Rim, même si les deux films ne boxent clairement pas dans la même catégorie. Et puis, le problème […]

    2. Pinksnail · 31 juillet 2013 Répondre

      Et ta copine alors ? Pas influencée, elle en a pensé quoi ?

    3. Philippe M. · 20 juillet 2013 Répondre

      Vu aujourd’hui et …
      Comment est-il possible d’être resté à ce point insipide même si on s’en prend plein les mirettes tout du long. Pour résumé mon propos : un long bâillement d’une heure trente ou de je ne sais plus combien, j’ai failli avoir hâte que cela se terminé. Dommage, j’aurais eu grand plaisir à argumenter contre ta critique mais là, suis obligé de rendre les armes. Ce film m’a désarmé tant tout focalise sur l’action et les effets spéciaux un peu au détriment de tout le reste. Aucune surprise, trop ce sentiment de déjà vu et des blagues pas spécialement drôles. Pourtant, pas nul non plus mais facilement oubliable. je lui donnerai une 2ème chance cependant un jour des fois que mon état d’esprit du jour ait influencé (j’avais envie de vivre qqch, pas de rester sur ma chaise de spectateur. Je voulais oublier tout ça et partir dans le film, je sais pas, comme dans n’importe quel bon film où les lunettes ne sont nullement nécessaires pour l’immersion tant le reste est bourré de talent et d’émotion. Là, quedale, même si il y a bien pire. déception sur GDT, par contre.

    4. Philippe M. · 18 juillet 2013 Répondre

      Bon, allant voir le film demain avec ma compagne, je crois qu’avoir lu ta critique m’oblige à réviser mes attentes à la baisse et oublier le niveau entre autre du Labyrinthe de Pan (un enchantement ! ).
      En ne m’attendant à plus rien grâce à toi, je ne peux donc demain qu’à être agréablement surpris ! Ou juste d’accord, on verra bien. Dur de me dire qu’un Del Toro peut être à ce point vide par contre. Maintenant, si nous nous retrouvons malgré tout déçus, nous ne pourront pas dire grâce à toi qu’on ne nous avait pas prévenus ! Quoi que je ne vais rien dire à ma copine, c’est mieux.

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