Prisoners – Denis Villeneuve

    Prisoners – Denis Villeneuve

    Prisoners-5Prisoners a la gueule des grands thrillers américains des années 90. Il en a quoiqu’il en soit l’ambition. Mais, justement, c’est peut-être à cause de cette ambition (trop grande pour lui) que le film perd peu à peu de sa force. Car, à vrai dire, Prisoners veut toucher à tout mais en oublie de conclure. Les yeux plus gros que le ventre, il voit trop grand.

    De quoi ça parle ? Deux fillettes, Anna et Joy sont portées disparues. Le détective Loki est chargé de l’enquête et conclut dans un premier temps à un kidnapping. Il ne tarde pas à trouver un suspect, Alex, un simple d’esprit. Faute de preuves, il finit par le relâcher. De son côté, le père d’une des fillettes est convaincu de la culpabilité d’Alex. Il va alors l’enlever, le séquestrer et finalement le torturer pour le faire parler. La torture, thème récurrent de l’ère Obama (Zero Dark Thirty), est ainsi au cœur du film. C’est intéressant car elle apporte de l’ambiguïté au personnage de Keller (Hugh Jackman). Sauf que la manière de le mettre en scène ne retrouve pas vraiment cette ambiguïté puisque, aux yeux du spectateur, Alex est forcément coupable (la scène avec le chien). Dès lors, le film place le spectateur dans une position inconfortable, pas seulement à cause de ce qui se passe sous ses yeux mais surtout parce qu’il tend à lui faire approuver les actions de Keller.

    Si l’on peut mettre cela sur le compte de la maladresse, Prisoners l’est encore plus en voulant trop en faire. Les deux principaux personnages possèdent chacun un lourd trauma qui vient justifier de leurs obsessions. Mais l’ensemble apparaît trop appuyé. Le film souligne trop fortement les fêlures de ses personnages (même s’il en oublie les féminins) et finit même par oublier son sujet principal : le kidnapping de deux jeunes filles ! En voulant singer la lente enquête du Zodiac de David Fincher (le personnage de Gyllenhaal y est d’ailleurs très ressemblant), Prisoners se perd en route. Le scénario devient ainsi brouillon, et il faut véritablement s’accrocher pour saisir tout ce qui se joue à l’écran. C’est d’autant plus dommage que le récit finit par faire pschitt en ayant recours à une résolution beaucoup trop facile, et finalement décevante (tout ça pour ça !). Le film n’est toutefois pas sans qualité. Il offre quelques belles scènes (comme la toute dernière) et Jack Gyllenhaal y est vraiment très bon mais Prisoners aurait gagné à plus d’épuration, plus de subtilité aussi (c’est parfois très manichéen). C’est regrettable car il y avait sans doute là matière à un grand thriller…

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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