Schizophrenia – Gerard Kargl

    Schizophrenia – Gerard Kargl

    angst2A peine sorti de prison, où il a purgé une longue peine pour meurtre, un psychopathe n’a qu’une seule envie : tuer à nouveau. Et la caméra de suivre ce personnage à la recherche d’une nouvelle proie. La caméra le colle de près, de trop près. Elle ne lâche pas son regard, véritable abîme sans fond. Souvent attachée à la taille du tueur fou (un procédé repris plus tard par Darren Arronofsky ou Gaspar Noé), elle accentue la solitude du personnage, prisonnier de sa bulle. C’est finalement comme si la caméra tournait autour de cette bulle, à distance égale entre les points de vue subjectif et objectif, créant une promiscuité jamais vue dans un film.

    Parfois la caméra s’éloigne de son personnage, et prend de la hauteur, comme pour mieux souligner l’incohérence du personnage. Chacun de ses gestes semble en effet dénué de toute logique. Des gestes qui définissent alors le comportement irrationnel du psychopathe, qui prend soin de se nettoyer le visage et de changer de veste de costume pour finalement garder sa chemise recouverte de sang. La mise en scène retranscrit ainsi brillamment l’absurdité des actions (souvent maladroites) du personnage, qui agit toujours dans une sorte d’urgence incompréhensible, bien que dirigée vers une finalité que l’on devine inéluctable. A partir d’un itinéraire facilement identifiable, qui le ramènera  à son point de départ, il faut voir comme l’homme multiplie les détours improbables, auxquels s’ajoutent des décisions inexplicables. Presque en temps réel, le film nous donne à voir ce que ce corps dément décide de faire de ses vingt-quatre heures de liberté. C’est effrayant mais aussi fascinant.

    Schizophrenia filme en fait la rencontre entre deux mondes (le sien et celui extérieur). Deux mondes qui n’auraient pas dû se rencontrer car l’un ne comprend pas l’autre, et inversement. Aucun dialogue n’est possible, à peine quelques interactions, lesquelles passent par des vitres brisées (telles des barrières qu’il faudrait franchir) ou par une sauvagerie glaçante. L’autre force du film, c’est d’y avoir ajouté une voix-off, celle du tueur qui commente régulièrement ses actions. Mais ce qui renforce l’aliénation mentale du personnage, c’est qu’elle se révèle sans cesse en décalage par rapport à ce que l’on voit à l’image. Elle est souvent posée, presque calme, alors que son personnage semble dans une hystérie, une transe permanente, littéralement mû par une pulsion de mort (la performance de l’acteur Erwin Leder est exceptionnelle). Poussé par une bande-son éprouvante, Schizophrenia est une expérience, radicale et traumatisante, absolument unique.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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