Serbis – Brillante Mendoza

    Serbis – Brillante Mendoza

    serbis3Serbis, c’est d’abord un lieu. Un cinéma porno philippin que le réalisateur filme à merveille (un sens de l’espace absolument renversant). Un lieu étrange, sale et insalubre, où vit toute une famille.

    Mais Serbis, c’est aussi un travail sur le corps fascinant. Ça commence dès le début avec cette jeune fille de seize ans, qui se regarde, s’admire devant un miroir, que son jeune frère épie en silence (on retrouvera l’objet un peu plus tard réfléchissant, avec autant de beauté, un autre personnage). Le corps, c’est aussi celui que les prostitués vendent dans la pénombre de la salle de cinéma où homosexuels et transsexuels se confondent avec les membres de la famille. Objet de désir, le corps est aussi un objet de frustration. On le lave parce qu’il sent mauvais ou pour se purifier, on en extrait des substances (le sperme, le pue du furoncle, tous deux dans des bouteilles vides) pour se libérer d’une envie sexuelle, d’un mal qui ronge. Mais Mendoza le filme toujours (le corps) avec une douceur incroyable, sans aucun voyeurisme.

    Cette douceur se retrouve constamment dans l’œil du cinéaste (la caméra est Mendoza), qui filme chaque situation avec la même distance, le même regard et la même vitalité (le lieu a beau être misérable, le spectateur s’y sent bien). Car Serbis est également un film plein de vie, incroyablement familier, et donc d’une très grande universalité. Un sentiment accentué par le travail réalisé sur le son. Sans doute ce qui s’est vu de mieux cette année au cinéma, celui-ci consiste finalement à faire rentrer la « vie » du monde extérieur (qu’on ne voit que sur quelques plans) dans le lieu unique qu’est ce cinéma philippin. Cette « vie » est symbolisée par le bruit des voitures, des klaxons, de la foule. Un bruit assourdissant (allant jusqu’à masquer presque totalement la voix des personnages) qui devient pourtant, lui aussi, familier pour in fine faire parti du décor.

    Ce son participe au mouvement du film (la caméra pleine d’énergie du cinéaste), fait d’urgence et d’excès, à tel point que Serbis ne peut que se consumer sur lui-même par tant de vie et d’amour.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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