Time Out – Andrew Niccol

    Time Out – Andrew Niccol

    In-Time-Theatrical-StillEn 2070, l’argent a été remplacé par le temps. Arrivés à leurs 25 ans, les humains génétiquement modifiés ne vieillissent plus mais bénéficient d’un certain crédit de temps et meurent lorsque celui-ci arrive à son terme. A partir de cette date, chacun doit donc faire en sorte de gagner du temps pour espérer survivre le plus longtemps possible. Time Out, c’est d’abord et surtout une bonne idée. Une brillante idée même, de celle capable de nous offrir un grand film de science-fiction.

    Inutile de le cacher, si on apprécie le nouveau long-métrage d’Andrew Niccol, c’est avant tout pour son pitch de départ (et les promesses qui l’accompagne), davantage que pour ses réelles qualités cinématographiques. Certes, avec un tel sujet, on espérait mieux. Mais, de par son imagination, et bien que bourré de défauts, Time Out réclame l’indulgence. Sa première partie laisse ainsi entrevoir le grand film qu’il aurait pu être, en distribuant remarquablement les cartes et en soulevant tout un tas de réflexions liées à son génial concept. Niccol n’a d’ailleurs pas vraiment besoin de les creuser, l’accroche du film se suffisant presque à elle seule. Finalement, c’est une éternelle lutte des classes qui se joue sous nos yeux, celle-ci mettant notamment en relief le privilège de la naissance (comme dans Bienvenue à Gattaca) ou encore les limites du système capitaliste. Car il y a chez le réalisateur de S1m0ne un élan révolutionnaire qu’on ne peut lui enlever. Comme dans chacun de ses films, on retrouve ainsi cette idée d’éveil des consciences, laquelle se superpose toujours d’une certaine naïveté, mais qui se révèle salutaire ici, alors qu’elle paraissait outrageusement démagogique dans le très mauvais Lord of War.

    Dernièrement, à part l’excellent Moon, on ne retrouve pas tant de film de ce genre, passant par le prisme de la science-fiction pour mieux parler de notre monde actuel et de ses dérives possibles. Dommage alors que dans sa seconde partie, Time Out s’abandonne dans le divertissement pur, à travers une longue course poursuite pas franchement enthousiasmante (Niccol ne se montre pas forcément à l’aise pour filmer l’action). En outre, on ne croit pas à ce personnage lambda qui se révèle être un John McClane en puissance, pas plus qu’à ce final à la Bonnie & Clyde, même si Justin Timberlake se révèle une nouvelle fois impeccable dans son rôle et confirme ses réels talents d’acteur. Mais ne boudons pas notre plaisir, si Time Out n’apparaît pas tout à fait à la hauteur de son sujet, son histoire, qu’on jurerait tirée d’une nouvelle de Philip K. Dick, mérite qu’on y perde un peu de notre temps.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    4 Commentaires

    1. Conip · 4 novembre 2013 Répondre

      C’est vrai que tu es dur avec Lord of War.
      Justin m’a un peu surpris, je ne pensais pas qu’il réussirait une performance honorable.
      Question à un pointu du ciné tel que toi : est-ce un film de science fiction ou un film d’anticipation?
      Thanks

      • Christophe Butelet · 4 novembre 2013 Répondre

        Justin est très bon acteur. Je le trouve très bien dans chacun des films où je l’ai vu.

        Pour répondre à ta question, en fait, l’anticipation est de toute façon liée à la science-fiction (ce serait un sous-genre de la science-fiction). Et pour Time Out, on peut donc dire que c’est de l’anticipation car ça se passe en 2070, soit dans un futur « proche », ce qui est en gros la définition de l’anticipation, il me semble. Même si on peut sans doute débattre du caractère hypothétique de ce futur…

    2. Philippe M. · 6 août 2013 Répondre

      J’aime beaucoup cette critique. Très juste, un peu dure pour Lord Of War mais pour tout le reste, un regard que je trouve non seulement très pointu mais en plus très humain, ce qui manque tellement à bien trop de critiques, justement. De plus, tes mots élargissent ma propre perspective du film et je n’en attendais pas moins justement d’une critique. Tu es peut-être en train de modifier quelque peu ma propre vision un petit peu négative souvent de bien trop de critiques ciné. Merci.

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