Watchmen – Zack Snyder

    Watchmen – Zack Snyder

    FILM Reviews 2Watchmen débute par l’un des plus beaux génériques que l’on ait vu depuis longtemps. Une séquence incroyable qui revisite l’Amérique du siècle passé, dans des décors très photographiques. Visuellement impressionnante, la séquence amuse car elle est passée sous le miroir de l’uchronie. On découvre ainsi quel est l’assassin de Kennedy, et dans le reflet du casque de Neil Armstrong, on aperçoit la silhouette du Docteur Manhattan. Mais cette brillante introduction a surtout pour objectif de dévoiler la grandeur puis la décadence des super-héros. Une entrée en matière qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle des Indestructibles de Pixar, où les justiciers masqués doivent rendre des comptes à la société avant de s’y intégrer comme des personnes normales.

    Qu’est-ce qu’un super-héros dans Watchmen ? Rien de plus qu’un type attifé d’un costume ridicule. Être super-héros n’est plus une fatalité due à une expérience qui aurait mal tourné, c’est devenu une vocation. Une nécessité. De la même façon que David Dunn, dans Incassable, reprenait goût à la vie lorsqu’il acceptait enfin son rôle. Être super-héros est une condition sine qua non à leur jouissance. Il suffit de voir la scène où deux super-héros s’envoient en l’air après avoir repris du service en sauvant les habitants d’un immeuble en feu. D’ailleurs, cette scène renvoie là encore aux Indestructibles. Lorsque le père de famille et son meilleur ami sauvent, en cachette, des personnes en danger (d’un immeuble en flammes, également), parce qu’il est dans leur nature de venir en aide à la population. On retrouve ainsi cette même transgression envers une société qui les rejette. Ce même besoin irrépressible d’aider, quitte à agir en secret. La fonction première du costume trouve alors tout son sens. Il est alors intéressant de voir que le personnage qui possède de réels super-pouvoirs est le seul qui ne soit pas masqué, il apparaît même entièrement nu. Et bizarrement, bien qu’il en ait les meilleures disponibilités, ce dernier ne montre aucun signe d’héroïsme, alors que la paix dans le monde tiendrait à sa simple volonté.

    La crise métaphysique du super-héros n’est pas nouvelle (The Dark Night ou Spiderman 3 l’ont abordé eux aussi), mais elle s’élève ici à un niveau nettement plus pertinent. Pour finalement s’élargir à la figure toute entière du héros américain. Watchmen en dévoile toute sa complexité, à travers un film qui puise sa richesse dans l’immense comics d’Alan Moore. Zack Snyder (L’Armée des morts, 300) parvient, à l’aide d’une narration habile, à en retranscrire la puissance visionnaire, sans jamais perdre le spectateur, qui n’aurait jamais mis le nez dans la bande dessinée. Il fallait bien 2h40 de film pour nous livrer une œuvre débordante, qui donne à voir l’Amérique sous l’œil inquiet de ses héros, déchus, mais pas encore morts.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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