The Wrestler – Darren Aronofsky

    The Wrestler – Darren Aronofsky

    the-wrestler-02Darren Aronofsky fait partie de cette jeune génération de réalisateurs américains qui suscitent des avis souvent très partagés. Le plus gros reproche, qui lui est généralement fait, concerne sa mise en scène, que d’aucuns jugent basée sur des effets et de l’esbroufe. Avec The Wrestler, la promesse d’un film posé, moins artificiel, suscite forcément la curiosité. Mais aussi l’inquiétude. Parce qu’il est toujours suspect de voir un réalisateur changer radicalement de style. Pourtant, on est vite rassurés. A l’instar de David Fincher et son Zodiac, si The Wrestler marque une forme de rupture dans la filmographie de Darren Arnofsky, il n’en porte pas moins sa marque (le thème de la dépendance et le penchant certain du cinéaste pour les personnages martyrs).

    Ainsi, si la mise en scène d’Aronofsky gagne en sobriété (même la très belle musique de Clint Mansell se fait plus discrète), elle ne perd pour autant rien de son intensité, caractéristique de ses précédents longs-métrages. On citera cette scène, culte, de l’affrontement contre le catcheur aux agrafeuses. On y retrouve toute la puissance d’Aronofsky, celle des vingt dernières minutes sidérantes de Requiem for a dream. Mais à la place d’utiliser un montage frénétique, voire épileptique, cette fois-ci, le cinéaste américain a recours aux flash-backs. Il nous prépare d’abord le terrain en nous plongeant dans les vestiaires où, à la façon d’un documentaire, on assiste à un échange entre les deux catcheurs décidant brièvement des quelques combinaisons qu’ils ont l’intention d’exécuter sur le ring. Et puis, Aronofsky passe directement après le combat, une nouvelle fois dans les vestiaires, où l’on découvre le corps truffé de blessures de Randy. L’effet est imparable car même si l’on connaît l’issue du combat, on redoute de voir ce qu’il va s’y passer au vue du résultat final. C’est à ce moment que le réalisateur de Pi nous projette brusquement au cœur du combat (à travers une succession de flash-backs) pour mieux nous faire ressentir le mélange de violence, de spectacle mais aussi de respect qui anime ce sport.

    The Wrestler est l’un des rares films sur le catch de l’histoire du cinéma. Ce qui, en soi, le rend déjà très intéressant. Même si on ne manque pas de comparer l’histoire de Randy à celle de Rocky, et plus particulièrement dans le dernier volet de la série du même nom qui a fait la gloire de Sylvester Stallone. Dans les deux films, on retrouve une ancienne star sur le déclin qui, par amour pour son sport, va remonter sur le ring. De même, la question du corps, assimilé à de la viande, prend une place très importante. D’un côté, on trouve Rocky qui s’entraîne en frappant dans des quartiers bœufs congelés. De l’autre, Randy qui travaille comme boucher. Mais le film d’Aronofsky va plus loin que celui de l’acteur et réalisateur de John Rambo. Formellement, déjà, le long-métrage est nettement plus maîtrisé : le grain de l’image, le côté documentaire social. La nostalgie des années 80 y tient aussi une place très importante (Randy joue sur une vieille console de jeu, il écoute les Guns…). Le récit tout entier s’articule même sur cette nostalgie. Soit le retour de Randy, incarné par un Mickey Rourke bouleversant, dans une mise en abyme évidente pour la star des années 80. Car c’est aussi, et peut-être avant tout sur ce point que The Wrestler impressionne. Car évidemment, le lien entre la carrière de l’acteur et celle de Randy est immédiat, évident même. Même si Aronofsky n’appuie jamais ce postulat. Il le filme d’ailleurs très souvent de dos. Et préfère laisser le corps de l’acteur s’exprimer, tirant du visage rafistolé de Rourke, une fragilité et une force. Et c’est là qu’on retrouve cette obsession du cinéaste pour les personnages condamnés par leur propre obsession. De Requiem for a dream à Black Swan en passant par Pi ou le récent Noé, Aronofsky porte toujours sur ses personnages le même regard. Et c’est justement le regard porté sur Randy qui fait toute la force de The Wrestler. Un film entièrement centré sur son héros (l’histoire avec sa fille est finalement secondaire). Un mélodrame (encore un pour Aronofsky) limpide et clair, qui tranche avec le pompier The Foutain, dont l’énergie et l’émotion sont ici plus vivants que jamais.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

    • facebook
    • google
    • twitter

    Défendez votre point de vue