Mad Men – Saison 7 : Episode 14 – AMC

    Mad Men – Saison 7 : Episode 14 – AMC

    Mad Men 1On accorde une importance toute particulière à la fin d’une série. Certes, on pourrait dire la même chose pour un film ou un livre, personne n’aime quand celui-ci s’achève sur une fausse note. Evidemment. Mais il y a quelque chose de plus spéciale encore avec une série. Sans doute parce que du fait de sa durée, que celle-ci nous a accompagné pendant des années, il est plus difficile de dire adieu à des personnages. A chaque fois, du moins pour les séries qui comptent, il y a une attente toute particulière. L’épilogue d’une série doit être fort, mémorable. Parce qu’on ne peut pas conclure après cinq, sept, dix saisons de la même manière qu’après deux heures de film. Cette question, tous les créateurs se la posent forcément : comment finir une série ? La télévision nous a déjà offert quelques exemples magistraux. Impossible de ne pas citer Six Feet Under et Les Soprano, deux façons de faire diamétralement opposées qui ont chacun marqué l’histoire.

    Jusqu’au bout, le final de Mad Men nous a laissés dans l’incertitude. A l’inverse de celui de Breaking Bad, par exemple, où l’issue finale n’offrait plus grand mystère – ce qui n’a absolument pas empêché son exécution d’être époustouflante. Là, jusqu’au dernier moment, le spectateur s’est demandé de quelle manière Matthew Weiner allait finalement conclure sa série, et particulièrement le destin de Don Draper. Mais avant de parler des dernières minutes, l’ultime épisode de la série a réservé une conclusion fabuleuse, dont on retient avant tout trois grandes scènes bouleversantes qui ont toutes eu lieu au téléphone : Don-Betty (une conversation qui trouvera un écho important par la suite lorsqu’un homme racontera son histoire lors d’un groupe de parole), Don-Peggy (le maître et sa meilleure apprentie) et Peggy-Stan (où enfin les deux personnages s’avoueront leur amour dans une scène aussi drôle qu’émouvante). On pourrait également citer la scène entre Don et sa fille, Sally, le publicitaire ayant finalement discuté avec les trois femmes de sa vie, renvoyant ainsi une réplique de Ted entendue plus tôt dans la série : « There are three women in every man’s life ».

    Malgré le cancer de Betty, une fin ouverte pour Joan (seule mais à la tête de sa propre boîte), ce dernier épisode apparaît globalement lumineux, presque autant que les sourires de Pete et Trudy qui s’apprêtent à monter dans jet privé en direction de Wichita pour une nouvelle vie (qui aurait pu penser que le personnage de Pete finirait sur une telle note ?). Matthew Weiner a expliqué qu’il voulait terminer sur une touche positive pour ses personnages qu’il n’avait jusque-là pas épargné. Un choix courageux, qui tranche avec l’atmosphère plutôt mélancolique de la série, que l’on ne peut que saluer. D’autant qu’il apparaît cohérent, jamais forcé. Et qu’on est au final très loin d’un happy-end qui sortirait de nulle part.

    Et puis, il y a ces dernières minutes. On gardait encore en tête ce générique d’un personnage chutant entre les buildings. Comme une prémonition. S’il semblait évident que Don ne se jetterait pas d’un immeuble (trop facile), on pouvait tout de même penser que le personnage finirait au plus bas, lui qui n’a jamais cessé de s’enfoncer dans cette dernière saison, pour perdre à peu près tout (femme, appartement, voiture et même ses enfants). Mais on avait oublié que ce générique se terminait sur ce même personnage assis dans un canapé, comme s’il regardait la télé. Peut-être même une publicité ? Après un travelling dévoilant un Don Draper apaisé et souriant (soit la dernière image que l’on aura de celui que l’on a pour ainsi dire jamais vu sourire – premier coup de maître de ce final), la série se conclut ainsi par une publicité. Pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit d’une des plus célèbres, qui a par la suite eu une influence énorme dans le domaine. Cette publicité Coca-Cola de 1971, réelle donc, vient ainsi s’insérer dans la fiction. Matthew Weiner a toujours joué là-dessus tout au long de la série, sur l’apparition du réel dans la fiction : la mort de Kennedy, le voyage sur la Lune ou encore le combat de boxe opposant Mohammed Ali à Sonny Liston.

    Outre l’ironie de son créateur – des hippies qui glorifient Coca-Cola, symbole du capitalisme – toute la puissance et l’ambiguïté de cette dernière séquence, c’est de savoir ce qu’elle représente. Et sur ce point, Matthew Weiner a brillamment réussi son coup, le final fait parler de lui. Et devrait continuer à faire parler de lui. D’où vient cette pub ? Existe-t-elle juste dans la tête de Don Draper ? Comme un clin d’œil à une série se déroulant dans le monde de la pub, illustre-t-elle simplement son état d’esprit du moment ? Comme on y voit des hippies chanter « I’d like to buy the world a Coke » et que l’on vient de quitter Don Draper le sourire aux lèvres dans la position du lotus dans un camp hippie, l’hypothèse la plus évidente est que Don Draper est finalement rentré à New York pour créer cette publicité légendaire. Même si rien ne le certifie absolument. Mais tout son passage dans ce camp hippie semble néanmoins l’y diriger. Rappelons également que l’on voyait Don réparer un distributeur de Coca-Cola dans l’épisode précédent.

    Une autre scène tend à appuyer la théorie selon laquelle c’est bel et bien Don qui a écrit cette publicité. Cette scène, peut-être la plus belle de tout l’épisode, c’est celle du groupe de parole. Durant la séance, un homme, Leonard, raconte qu’il est invisible aux yeux des autres, y compris de sa femme et de ses enfants. Il évoque finalement un rêve : « I had a dream I was on a shelf in the refrigerator. Someone closes the door and the light goes off. And I know everybody’s out there eating. And then they open the door and you see them smiling. They’re happy to see you but maybe they don’t look right at you and maybe they don’t pick you. Then the door closes again. The light goes off. » Don finit par tomber dans les bras pour sangloter avec cet inconnu. La scène, sublime, fonctionne comme un déclic pour Don. On a le sentiment qu’il relie ici l’histoire de cet homme à son ancienne vie, celle de Dick Whitman. Et qu’il peut enfin laisser les démons de son passé derrière lui et assumer enfin qui il est (devenu). Difficile enfin de ne pas imaginer que ce moment ne l’ait pas inspiré. La bouteille de Coca-Cola représente l’un des produits emblématiques du réfrigérateur. C’est comme si Don draper avait voulu le sortir du frigo pour le montrer au monde…

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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