How I Met Your Mother – Saison 9 – CBS

    How I Met Your Mother – Saison 9 – CBS

    how-i-met-your-mother-03Le series finale, c’est toujours un moment particulier dans une série. Car c’est lui qui vient en donner la note finale, au point d’influencer notre jugement global. Et il est vrai qu’on garde souvent en mémoire les derniers instants d’une série, et notamment des plus grandes. De Twin Peaks à Six Feet Under en passant par Les Soprano ou plus récemment Breaking Bad. Il ne s’agit évidemment pas de réduire la qualité d’une série à son épilogue, les spectateurs n’ont pas attendu les conclusions des séries que l’on vient de citer pour être convaincus de leurs immenses qualités. Mais voilà, un series finale raté, c’est toujours décevant, sauf lorsqu’on n’attend plus rien d’une série (coucou Dexter).

    Après neuf saisons, How I Met Your Mother vient donc de mettre un point final à l’histoire de Ted, Barney, Lily, Marshall et Robin. C’est long neuf saisons. Trop long pour cette sitcom qui a néanmoins acquis ses lettres de noblesse lors de ses quatre, cinq premières saisons, on ne sait plus exactement. Parce qu’elle a inventé un style à elle toute seule, en s’appuyant sur une écriture en forme de poupées russes, où les digressions se succèdent aux digressions et où l’on joue avec les différentes temporalités (flashforwards et flashbacks se mêlent). L’autre grande idée de la série, entièrement résumé par son titre, c’est de jouer sur le suspense de l’identité de la mère des enfants de Ted, à qu’il raconte toute l’histoire. Il aura donc fallu neuf saisons pour y parvenir. Trop long on l’a dit, tant on sent que les scénaristes auraient pu continuer comme ça pendant des dizaines de saisons pour finalement tiré sur la corde afin de tenir jusqu’au bout leur objectif. Au point d’étirer le mariage de Barney et Robin (un week-end, donc) sur une saison entière (en soi le procédé n’est pas inintéressant mais il n’est pas à la hauteur des attentes).

    Pour le dire simplement, on n’attendait plus grand-chose de ce double épisode finale. Et pourtant, preuve supplémentaire qu’une bonne conclusion a son importance, il parvient à nous faire réévaluer l’ensemble de la série. Après avoir terminé son histoire, les enfants de Ted lui reprochent d’avoir tourné autour du pot pour en arriver à une évidence : leur père est toujours amoureux de Robin (il n’a cessé de nous en parler pendant 208 épisodes). Un reproche d’ailleurs repris par un grand nombre de spectateurs déçus. La réponse de Ted est amusante. Il se défend d’abord d’avoir pourtant été droit au but. Lorsqu’on connaît le personnage, et sa propension à digresser, la réplique a de quoi faire sourire. Mais elle donne surtout l’une des clés de la série où l’intérêt n’était finalement pas de savoir qui était la mother mais de découvrir tout ce qui lui est arrivé pour en arriver là, et montrer aussi combien Robin a compté dans sa vie.

    Ce qui peut choquer dans ce final, c’est la manière dont la mother semble écarté. Et c’est vrai que la série se révèle peut-être un peu maladroite. On avait depuis un moment anticipé la mort de la mother (les créateurs ayant soigneusement distillé quelques indices), ce n’est donc pas cela qui paraît choquant. Surtout qu’ils ont la bonne idée de ne pas s’attarder dessus. Ce qui a frustré certains, c’est la manière dont la série semble tirer un trait sur le personnage de Tracy (la mother, donc) pour que Ted revienne finalement sous la fenêtre de l’appartement de Robin, le cor bleu dans la main (le dernier plan, très beau). De la même manière que certains n’ont pas digéré qu’on apprenne que Barney et Robin divorcent dans cet ultime épisode après nous avoir parlé de ce mariage pendant deux saisons. Pourtant, cela ne surprendra personne que les deux personnages se quittent connaissant leur caractère. Et puis, sans cynisme aucun de la part de la série, c’est aussi une belle façon de montrer à quel point un mariage, que l’on peut mettre des années à préparer, à attendre, à fantasmer, peut aussi se défaire en quelques instants.

    A la question de savoir pourquoi Ted raconte cette histoire, ses enfants ont pour réponse le fait qu’il voulait avoir leur autorisation pour retourner voir Robin dont il n’a cessé de parler d’un bout à l’autre (comme ils lui feront la remarque). On ne sait pas trop s’il raconte sciemment cette histoire pour avoir l’aval de ses enfants ou s’il le fait inconsciemment puisque Robin a de toute façon tenu une grande place dans sa vie. Quoiqu’il en soit, six ans ont passé depuis la mort de leur mère lorsque Ted raconte à ses enfants son histoire, ces derniers le poussant même à l’appeler, estimant qu’il a suffisamment fait son deuil. C’est là où la série se montre sans doute le plus maladroit, en donnant l’impression que Ted se fout finalement de Tracy, qu’il n’avait d’yeux que pour Robin. Car si six années se sont écoulées, elles n’ont duré que quelques minutes pour le spectateur. Mais, il serait injuste de porter à Ted (et finalement à toute la série) une telle intention. Il a aimé Tracy, elle a été la femme de sa vie et il n’a jamais cessé de nous le dire. Mais la vie continue et Robin a toujours fait partie de sa vie. Qu’il la retrouve à la fin apparaît finalement logique, et montre aussi que l’amour est parfois une question de timing. Ted a fondé une famille comme il le voulait, chose qui lui était impossible avec Robin. Avec elle, leur histoire a toujours été un rendez-vous manqué. Robin commençait à l’aimer quand lui en avait fait le deuil. Pour la première fois, tout semble concorder. Pourquoi s’en priver ?

    Il est vrai que la tonalité assez sombre du double épisode surprend. La série s’était déjà aventurée sur ce terrain à travers deux ou trois épisodes (celui sur la mort du père de Marshall, notamment) mais elle ne s’était jamais montré aussi lucide, aussi pertinente. Suite au mariage, la série égraine une à une les années pour faire le bilan sur la vie des personnages, permettant en outre au spectateur de les accompagner encore quelques années. C’est ainsi que l’on apprend que Barney et Robin divorcent, que Barney retrouve une vie de célibataire avant (enfin) de trouver une raison d’être : sa paternité (belle idée). On voit également le groupe se perdre peu à peu de vue, et notamment Robin, plus que jamais plongée dans son boulot. Et puis, Ted révèle que la mother tombe finalement malade, sans qu’il y ait besoin d’en dire plus. Jamais la série ne s’est montrée aussi brillante à retranscrire la manière dont le temps, et finalement la vie, affectent notre existence. Et ce que How I Met Your Mother dit, tout en remettant en cause cette quête naïve de rencontrer le grand amour, c’est qu’il faut profiter de chaque instant et cesser de courir après le temps, comme l’a fait Ted tout au long de la série. On note que la série peut aussi se voir comme une illustration du roman L’Amour aux temps du choléra, le livre préféré de Ted,  qui raconte notamment l’histoire d’un homme qui ne cesse d’aimer en secret. Mais ce que la série nous dit surtout, c’est que l’important réside justement dans les petites choses sur lesquels Ted aimait s’attarder (« The little things… there’s nothing bigger, is there? », se remémorait David à la fin de Vanilla Sky), sur toutes ces petites histoires qui venaient reconstituer le puzzle de la grande histoire…

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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