Southland – Saison 1 à 5 – NBC/TNT

    Southland – Saison 1 à 5 – NBC/TNT

    southlandtntDans un premier temps, on pense forcément à The Shield : même décor (la ville de Los Angeles), mêmes personnages (des membres de la LAPD), même réalisation (nerveuse avec sa caméra à l’épaule) mais aussi une même construction des épisodes (on y suit différents groupes : inspecteurs de la criminelle, patrouilles sur le terrain). Mais très vite, la série s’en écarte, trouve son identité. Là où The Shield est une pure fiction, Southland se rapproche davantage du documentaire. Elle s’intéresse aux quotidiens de ses personnages, à la banalité des situations vécues (on les entend souvent discuter de l’endroit où ils iront déjeuner, par exemple). Les policiers sont parfois appelés pour des problèmes mineurs, qui renforcent le réalisme de la série (crise conjugale, problème de voisinage, manquement au code de la route…).

    Southland se fait d’abord la description d’une ville, celle de Los Angeles, tentaculaire et aux frontières indéfinissables. La police navigue d’un quartier à l’autre, sans qu’on sache vraiment où elle se trouve. Elle erre dans les rues, au point d’être considérée comme le premier gang de la ville par les autres gangs. La Cité des Anges y est surtout montrée comme constamment imprévisible. Elle oblige les policiers à redoubler de vigilance car le danger peut venir de partout. Et une simple interpellation peut virer au drame (le final de la saison 1, l’épisode Code 4 mais aussi Chaos, l’avant-dernier de la série). Dans cette véritable jungle urbaine, le patrouilleur John Cooper apparaît comme un pilier (au dos d’argile). Instructeur, c’est lui va former le jeune Ben Sherman, tout droit sorti de Beverly Hills (à ce sujet, le choix de Benjamin McKenzie est amusant puisqu’il venait cette fois-ci des quartiers défavorisés dans la série Newport Beach).

    Pendant près de trois saisons, John et Ben forment le plus beau duo de la série, et peut-être l’un des plus mémorables de la télé. On ne se lasse pas de voir le jeune Ben apprendre les ficelles du métier à la dure (pour son premier jour, il n’a pas d’autres choix que de tuer un gangster). Et on sent chez John Cooper une fierté à exercer son métier, à tel point qu’on aurait (presque) envie de s’engager à la LAPD. Puis, les rôles s’inversent. Ben Sherman devient celui qui doit remettre John Cooper à sa place lorsque ce dernier, gêné par une douleur au dos, qu’il préfère soigner à coups de médicaments (jusqu’à en devenir addict), vient mettre en danger la vie de son partenaire. Au fil des saisons, la série met peu à peu la ville de côté pour s’intéresser de plus en plus à ses personnages, et leurs vies privées y sont d’autant plus mises en avant. Ce qui nous permet de remarquer l’incapacité de chacun des protagonistes principaux à fonder une famille ou à mener une vie de couple décente. D’un pessimisme de plus en plus prégnant, Southland montre à quel point le métier semble transformer ou détruire chacun des personnages à petit feu. Surtout lorsqu’ils n’ont aucune famille, aucun homme, aucune femme qui les attend à la maison (les deux derniers épisodes, d’une noirceur impitoyable). Au-delà de la difficulté à exercer (dans la légalité) ce métier, Southland devient alors une grande série sur la solitude (même entouré d’une équipe télé, Cooper est seul face à son agresseur en train de le mordre à sang – la scène est terrible, révoltante).

    SPOILERS ! SPOILERS ! SPOILERS ! SPOILERS !

    Dans cet enfer, John Cooper apparaît néanmoins comme un modèle de rigueur (malgré un passage difficile). Mais le métier le dévore lui aussi, si bien que, lassé, John préfère patrouiller avec l’expérimenté Henry plutôt que de continuer à jouer les instructeurs. Il y a quelque chose d’incroyablement dramatique dans les derniers épisodes de la série. Au moment où Cooper s’ouvre davantage (lui qui a toujours mis sa vie privée de côté) à son partenaire, il le perd. La situation apparaît d’abord ironique. Les deux policiers, kidnappés, sont menottés ensemble alors que dans l’épisode précédent, ils venaient de se disputer à cause de l’orientation homosexuelle de Cooper qu’Henry n’arrivait pas à digérer. Puis, on l’oublie très vite face à l’atrocité de la scène, et à son insoutenable violence. La séquence devient bouleversante lorsque Cooper demande à Henry de tenir pour sa femme qui l’attend, avant qu’il ne lui annonce qu’elle vient de le quitter. Après avoir vu son partenaire mourir à côté de lui d’une balle dans la tête, Cooper survit finalement et parvient à atteindre une station essence où il tape à la vitre en criant : « I am a cop ! ». Cette phrase, scandée par plusieurs personnages, revient régulièrement au cours de la série. Mais elle acquiert ici une drôle d’amertume, laissant transparaître davantage un désespoir plutôt qu’une fierté (Cooper, humilié, en caleçon et chaussettes, n’a pas son uniforme). Cette dernière épreuve sera celle de trop, d’autant que son mentor (qu’il avait sauvé un peu plus tôt) lui reproche d’avoir laissé son arme à ses ravisseurs. Comme renié par ceux à qui il a tant donné, Cooper tente de se rapprocher de sa femme qui lui avait proposé de porter leur enfant. Mais cette dernière change d’avis, le repoussant encore un peu plus dans sa solitude. Blessé, Cooper ne peut qu’exploser, avant de se faire tirer dessus par un policier. La série s’achève sur ce corps brisé dont il importe finalement peu de savoir s’il survivra ou non.

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    2 Commentaires

    1. Ray Donovan – Saison 1 – Showtime | Critikall : Cinéma, Série, Jeu vidéo. · 8 octobre 2013 Répondre

      […] par Ann Biderman, à qui l’on doit déjà l’excellente série Southland, Ray Donovan n’a apparemment pas grand-chose à voir avec cette dernière. Toutefois, le décor […]

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