Top Série 2014

    Top Série 2014

    Quelle grande et belle année pour les séries. Alors qu’on pouvait craindre de voir le petit écran sur le déclin, nous laissant orphelin après la fin de Breaking Bad et celle imminente de Mad Men, 2014 a finalement permis de découvrir tout un tas de nouveautés plus que prometteuses, même si celles-ci devront confirmer lors de leur deuxième saison (le palmarès des derniers Golden Globes ne s’y est en tout cas pas trompé). Dans les dix premières places de mon top, on compte ainsi sept nouveautés (dont une mini-série) et deux séries qui en sont à leur seconde saison (Rectify et Banshee). Seule The Good Wife, dont la sixième saison est actuellement en cours parvient à s’immiscer dans le top 10. La relève, qui semble d’ores et déjà assurée, dépasse par ailleurs largement ce top 10. Et il faut souligner la qualité de la production actuelle. Au-delà même de la vingtième place, on trouve encore des séries géniales. Pêle-mêle, citons : Derek, qui confirme le génie et l’humanisme de Ricky Gervais ; la trop méconnue Inside N°9 et son délicieux humour british ; la très réussie Halt and Catch Fire qui s’intéresse à une période charnière de l’informatique ; Homeland qui nous a peut-être offert sa meilleure saison ; la très belle conclusion de The Killing ; l’humour singulier de P’tit Quiquin ; la belle promesse annoncée par Kingdom ; Looking qui convainc dès sa première saison ; Louie, qui délaisse quelque peu l’humour pour toucher directement au cœur avec une très grande sensibilité… Je ne vais pas parler de chacune, juste rajouter que Mad Men doit sans doute sa place au fait qu’il ne s’agit que d’une demi-saison. Si la conclusion proposée par Matthew Weiner est digne des plus grands moments de la série, elle terminera à n’en pas douter très haut dans mon classement l’année prochaine.

    Avant de s’arrêter un peu sur les séries du top 10, deux petites remarques. On note que la série Hello Ladies, arrêtée après une première saison, a eu le droit à une jolie conclusion avec Hello Ladies: The Movie. Même si ce dernier, à l’image de la série, ne semble pas totalement exploiter son potentiel. Stephen Merchant prouve en tout cas qu’il sait créer des séquences de gêne fascinante. Le genre où le spectateur ne s’est plus où se mettre tant les personnages se mettent dans des situations embarrassantes. Enfin, inclassable, car il ne s’agit que d’un épisode spécial, l’excellente série Black Mirror nous a offert un White Christmas absolument fabuleux. Carrément l’un des plus beaux épisodes vus cette année. Au-delà de réelles qualités narratives (le montage, excellent), Black Mirror prouve, une nouvelle fois, qu’elle est une série d’anticipation intelligente et passionnante.

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    1. The Leftovers – HBO – Saison 1
    Du jour au lendemain, 2% de la population mondiale disparaît. Trois ans plus tard, la petite ville de Mapleton ne s’est toujours pas remise de ce drame incompréhensible. Le pitch, génial, n’est évidemment qu’un prétexte et l’on comprend vite que son explication ne viendra sans doute jamais (et c’est très bien comme ça). The Leftovers parle de ce deuil impossible pour les familles, plongées dans l’incompréhension, la résignation ou l’espoir. La série place ses personnages face à un vide qui laisse sans voix. La parole, justement, tient un rôle primordial dans la série, à l’image de cette secte dont les membres ont fait vœu de silence. Après cet événement, c’est comme si le temps s’était arrêté, que plus rien n’avait de sens. Avec ce passé qui ne peut se refermer, les personnages errent sans but, plus qu’ils ne vivent. Malgré son caractère fantastique, ce qu’il y a d’éblouissant dans The Leftovers, c’est qu’elle trouve une puissante résonance avec nos vies, qu’elle touche à des choses enfouies en nous de manière bouleversante, parfois même terrassante. Sublimée par la musique de Max Richter, The Leftovers parle de la vie tout simplement, insaisissable et mystérieuse. De l’importance et de l’omniprésence du religieux (The Leftovers n’est pas une série mystique même si le religieux est partout, dès son très beau générique). Lostienne en diable, elle nous parle in fine de cette grande question qui nous hante tous : Pourquoi ?

    Episode 104
    2. The Affair – Showtime – Saison 1
    C’est la très grosse surprise de l’année. Parce qu’on en attendait pas grand-chose de cette série avec son récit d’adultère somme toute banale. Sauf que si l’histoire est banale, le traitement apparaît d’une justesse rare. La série excelle à rendre compte des sentiments des personnages, de ce coup de foudre totalement inexplicable qui attire irrémédiablement cet homme et cette femme que tout semble pourtant opposer (ils ne sont pas du même milieu). La narration, qui alterne le point de vue de l’un puis de l’autre, confère en outre à l’ensemble un vrai suspense (quelle version est la vraie ? qui ment ? qui maquille la vérité ?), alors que les deux héros sont interrogés par un flic qui semble déjà tout savoir sur un meurtre dont on ignore tout au départ. Brillamment interprétés, y compris dans les seconds rôles, remarquablement mis en scène (l’ensemble est très lumineux alors que la mort est partout), The Affair est déjà grande.

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    3. Olive Kitteridge – HBO
    En 2011, HBO avait frappé fort avec Mildred Pierce, mini-série réalisée par Todd Haynes et sublime portrait de femme, remarquablement interprété par Kate Winslet. Olive Kitteridge (le titre, en forme de prénom + nom, est similaire) apparaît elle aussi comme un très beau portrait. Celui d’une quinquagénaire aigrie et dépressive qui s’apprête à mettre fin à ses jours. Le récit part alors en flashback et s’intéresse dans son premier épisode tout particulièrement à son mari (merveilleusement interprété par Richard Jenkins), un homme dont la gentillesse contraste avec l’apparente rudesse de sa femme. La série n’est jamais là où l’attend mais fait preuve d’une bouleversante justesse peu importe le sujet auquel elle s’attaque. Retraçant différentes périodes de la vie, souvent de manière bouleversante, Olive Kitteridge parvient à montrer à travers le regard de son personnage (Frances McDormand, dans son meilleur rôle ?) que nos existences valent la peine d’être vécues, même quand tout nous semble noir.

    Red Team/Blue Team
    4. The Good Wife – CBS – Saison 5
    On l’a dit et redit, The Good Wife est la preuve d’une série du network peut rivaliser avec une série câblée. Et même plus que ça. Ce qui est formidable avec The Good Wife, c’est qu’elle n’a jamais été meilleure qu’avec cette cinquième saison (même si la sixième saison pourrait nous faire mentir). Après 4×21 épisodes, la série s’est renouvelée de la plus brillante des manières, orchestrant un suspense dantesque à la conclusion absolument dramatique. Et tout ça, sans jamais réellement perdre de vue son postulat de base qui consiste à nous présenter une nouvelle affaire à chaque épisode où, là aussi, les scénaristes redoublent d’inventivité pour ne jamais tomber dans la monotonie (c’est bien simple, on a l’impression de n’avoir jamais vu un épisode similaire à un autre après plus de cent épisodes). Sans aucun doute l’une des plus belles écritures à la télévision aujourd’hui.

    rectify
    5. Rectify – SundanceTV – Saison 2
    Racontant la difficile réinsertion sociale d’un homme inculpé pour viol et meurtre, finalement disculpé après 19 années passées en prison, Rectify a confirmé, et même fait encore mieux pour sa deuxième saison. On y suit toujours Daniel Holden (Aden Young, grandiose) à la recherche de lui-même, lui qu’on a pendant tant d’années qualifié de monstre. Si bien que Daniel ne sait plus qu’il est vraiment, ne semble même plus très bien savoir s’il n’est finalement pas coupable (et le spectateur avec lui). Son introspection est époustouflante, terrible. Jouant brillamment avec la vérité et les états d’âme du personnage, cette seconde saison fait également la part belle aux seconds rôles, et notamment le personnage de Teddy qui explose totalement. Avec son rythme calqué sur celui de la vie (rarement série aura su aussi bien prendre son temps), Rectify demeure l’une des séries les plus remarquables du moment, l’une des séries dont on peut reconnaître le style si singulier au moindre coup d’œil.

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    6. True Detective – HBO – Saison 1
    On en a peut-être trop fait avec True Detective. Peut-être. Peut-être pas. Car difficile de ne pas lui reconnaître d’immenses qualités, qu’on espère voir reconduite dans la prochaine saison. Sa mise en scène tout d’abord, l’oeuvre d’un seul homme, Cary Fukunaga, et qui donne à l’ensemble de la série une belle cohérence. D’autant que le réalisateur ne lésine pas sur les moyens (le plan-séquence de l’épisode 4, grand moment) pour créer une atmosphère poisseuse et inquiétante de la Louisiane. Bien sûr, l’écriture de Nick Pizzolatto y est pour beaucoup (la première partie joue habilement avec les temporalités), de même que l’interprétation de Woody Harrelson et Matthew McConaughey, formant un duo parfait. Ce qui convainc aussi, c’est finalement la simplicité de son histoire, qui ne fait que mieux ressortir la monstruosité derrière une apparente banalité.

    Fargo
    7. Fargo – FX – Saison 1
    On n’aurait pas forcément misé dessus mais Fargo est indéniablement l’un des coups de cœur de l’année. Et d’ores et déjà un modèle pour les futures (et nombreuses) adaptations de long-métrage en série télé. Avec Fargo, FX a su capter l’esprit du film des frères Coen pour finalement s’en démarquer, tout en conservant les mêmes thématiques. A savoir filmer le Mal dans ce qu’il a de plus froid, et qui s’incarne ici dans le personnage génialement interprété par Billy Bob Thornton. Mais aussi dans celui joué par Martin Freeman, dont le parcours n’est pas sans rappeler celui d’un certain Walter White (même la mise en scène s’inspire clairement de celle de Vince Gilligan). En attendant la deuxième saison, Fargo appaaît en effet comme l’un des plus beaux héritiers de Breaking Bad.

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    8. Transparent – Amazon Instant Video – Saison 1
    Avec Transparent, Amazon entre directement par la grande porte. Soit huit épisodes d’une beauté incroyable, portés par un Jeffrey Tambour bouleversant. La série débute alors que Mort réunit ses enfants pour leur annoncer qu’il décide de devenir Maura. La suite va s’intéresser aux répercussions de cette annonce mais aussi à la nouvelle vie de Maura. Dans tous les cas le traitement est d’une finesse et d’une intelligence absolument remarquable, et pose, non sans une certaine ironie, la question de notre propre identité.

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    9. The Knick – Cinemax – Saison 1
    Steven Soderbergh n’aura pas mis longtemps avant de se reconvertir à la télévision. Et on ne va certainement pas se plaindre tant The Knick est une réussite. Comme True Detective, les dix épisodes sont dirigés par un même réalisateur, à savoir Steven Soderbergh lui-même. Et ça se ressent. La mise en scène est d’une grande élégance (le cinéaste a régulièrement recours aux plans-séquences). Elle colle généralement au plus près de ses personnages ou de l’action (les opérations filmées sans fard) et se fait le témoin d’une époque charnière où tout semble basculer. A la manière de Mad Men, la série joue avec un parallèle troublant, parfois hallucinant (le sort réservé aux noirs avec un épisode édifiant notamment, filmé comme une invasion zombies). Hormis une légère baisse de régime dans la dernière partie, moins originale car centrée sur la dépendance de son (anti-)héros, The Knick vient redonner un coup de fouet admirable à la série hospitalière.

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    10. Banshee – Cinemax – Saison 2
    Grosse surprise de la saison passée, Banshee a fait mieux que confirmer tout le bien que l’on pensait d’elle. La série (B) est plus badass que jamais, mélangeant sexe et violence dans un grand bain, au point qu’il en devient presque difficile d’identifier l’un et l’autre. La mise en scène prend également de l’ampleur, s’autorise des à-côtés étonnants pour une telle production, et participe ainsi à ce que Banshee dépasse son statut de série B. A travers la crise identitaire du shérif Hood, c’est toute la question de notre place dans le monde qui est finalement posée (la touche Alan Ball). Jouissif et plus encore.

    11. Utopia – Channel 4 – Saison 2
    12. Mad Men – AMC – Saison 7A
    13. Derek – Channel 4 – Saison 2
    14. Ray Donovan – Showtime – Saison 2
    15. Homeland – Showtime – Saison 4
    16. Louie – FX – Saison 4
    17. The Killing – Netflix – Saison 4
    18. Halt and Catch Fire – AMC – Saison 1
    19. Engrenages – Canal + – Saison 5
    20. Inside No.9 – BBC Two – Saison 1
    21. P’tit Quinquin – Arte
    22. The Walking Dead – AMC – Saison 4
    23. Kingdom – Audience Network – Saison 1
    24. Looking – HBO – Saison 1
    25. The Americans – FX – Saison 2
    26. Girls – HBO – Saison 4
    27. Sherlock – BBC One – Saison 3
    28. Vikings – History – Saison 2
    29. Orange Is the New Black – Netflix – Saison 2
    30. Masters of Sex – Showtime – Saison 2
    31. Justified – FX – Saison 5
    32. House of Cards – Netflix – Saison 2
    33. Hannibal – NBC – Saison 2
    34. Shameless – Showtime – Saison 4
    35. Game of Thrones – HBO – Saison 4
    36. The Newsroom – HBO – Saison 3
    37. You’re the Worst – FX – Saison 1
    38. Legit – FX – Saison 2
    39. 24: Live Another Day – Fox – Saison 9
    40. Tyrant – FX – Saison 1
    41. My Mad Fat Diary – E4 – Saison 2
    42. True Blood – HBO – Saison 7
    43. Äkta människor – SVT 1 – Saison 2
    44. How I Met your Mother – CBS – Saison 9
    45. Community – NBC – Saison 5
    46. In the Flesh – BBC Three – Saison 2
    47. Fais pas ci, fais pas ça – France 2 – Saison 7
    48. Believe – NBC – Saison 1
    49. The Red Road – SundanceTV – Saison 1
    50. Extant – CBS – Saison 1
    51. American Horror Story: Coven – FX
    52. Californication – Showtime – Saison 7
    53. New Girl – Fox – Saison 3
    54. The Strain – FX – Saison 1
    55. Intruders – BBC America – Saison 1
    56. Helix – SyFy – Saison 1
    57. Turn – AMC – Saison 1
    58. Raising Hope – Fox – Saison 4
    59. 2 Broke Girls – CBS – Saison 3

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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    3 Commentaires

    1. kanai · 17 avril 2015 Répondre

      Oulà, j’en ai vu moins que toi.
      Mon top 2014 (vu en 2014, toutes saisons confondues) :

      True Detective
      The Killing
      Sherlock
      The Newsroom
      Lillyhammer
      P’tit Quinquin

    2. kanai · 7 février 2015 Répondre

      Enfin !
      Quand j’ai vu Banshee en 1er de ton top (Top 5 Séries 2014 sur la droite), je savais bien que c’était une blague !! J’ai eu un peu peur quand même.
      Là je le vois en 10e, bon… on va dire que tu as droit à une faute de goût :p

      • admin · 28 février 2015 Répondre

        Ah ah ! J’avais pas vu ce message. La faute de goût, c’est peut-être de ne la mettre qu’en dixième position pourtant. 😛
        Mais ce sera peut-être pour la saison 3 qui est encore meilleure. La série atteint des sommets !
        Et ton top alors, ce serait quoi ?

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