True Detective – Saison 1 – HBO

    True Detective – Saison 1 – HBO

    True-Detective02SPOILERS.

    Peu de séries peuvent se targuer, en une saison, de susciter un tel enthousiasme, de récolter un tel concert de louanges. Certes, True Detective triche un peu car elle se rapproche plus d’un film étiré sur huit épisodes que d’une série à part entière, dont on sait qu’il faut parfois plus d’une saison pour qu’elle trouve son identité. Quoiqu’il en soit, en attendant une seconde saison, dont on ignore si elle reprendra le même décor, cette saison 1 se suffit à elle-même.

    En plus d’être un polar remarquable, classique mais d’une excellente tenue, et au-delà de ses qualités formelles indéniables – l’hallucinant plan-séquence de l’épisode 4, la traque finale dans le repère du meurtrier, sa photo, son générique -, et qui achèvent de faire le lien entre le cinéma et les séries télé (y compris dans son format, True Detective apparaît à mi-chemin), c’est aussi et surtout pour la relation entre ses deux personnages que la série doit sa force. Soit la confrontation, dans un premier temps, entre un croyant et un athée, dont la vision nihiliste va peu à peu imprimer l’écran. Leur rencontre est d’abord celle de deux mondes qui s’opposent. D’un côté, Rust Cohle (Matthew McConaughey et son accent incroyable), détruit par la mort de sa fille, de l’autre Martin Hart (Woody Harrelson, génial lui aussi), qui essaie tant bien que mal de donner l’illusion du mari et du père de famille parfaits. Mais les deux héros partagent un même poids, celui d’un monde laissé à l’abandon (le choix de la Louisiane n’est pas un hasard) où l’horreur humaine finit par affecter leurs vies. Si Martin feint de ne pas en être affecté, Rust, lui, déblatère longuement sur la vie, la mort, via des réflexions philosophiques parfois percutantes, parfois ésotériques, et qui suscitent la consternation, voire la colère, de son collègue. Cette horreur humaine, c’est finalement ce qui va les réunir. Après n’avoir cessé de s’engueuler (ce qui vaudra la plus belle réplique de l’année « You are like the Michael Jordan of being a son of a bitch ! »), allant même jusqu’à se battre violemment, une amitié naîtra pourtant entre les deux hommes, après plusieurs années. Malgré leurs divergences, ces deux-là se complètent et finissent, au contact de l’autre, par se trouver. C’est surtout vrai pour Hart qui finit par s’accepter et cesse de se mentir à lui-même (terrible image où on le retrouve seul devant son dîner, lui qui voulait donner l’image du bon père de famille). Mais c’est également vrai pour Cohle qui finit par savoir qui il est, comme il aimera le répéter.

    True Detective a cette qualité de proposer une histoire simple, dans le sens où l’enquête se tient d’un bout à l’autre avec un tueur clairement identifié (même si on peut chipoter sur certains détails dont celui qui permet aux détectives de  trouver son identité). Mais sa richesse est également de provoquer de multiples théories dont elle semble avoir sciemment planté les germes. De fait, le final a pu paraître déceptif pour certains mais il se révèle finalement logique, spécialement au regard de certaines thèses farfelues. D’ailleurs, l’avant-dernier épisode nous révélait sans ambiguïté l’identité du tueur. Ce que l’on ignorait, c’est si les deux enquêteurs survivraient à son arrestation. La réponse est oui. Mais ce que certains ont rapidement qualifié de happy ending apparaît en réalité cohérent avec l’ensemble de la saison. Les personnages n’avaient de toute façon pas besoin de mourir pour qu’on aperçoive toute la laideur du monde. La série préfère ainsi se montrer poétique (Rust qui voit une petite galaxie avant de se faire poignarder), à l’image de cet ultime dialogue entre Martin et Rust, où ce dernier, le regard vers les étoiles, discute de l’affrontement entre la lumière et les ténèbres, expliquant que, pour la première fois, il entrevoit un peu de lumière. Et la caméra de se tourner vers le ciel étoilé. Après huit épisodes d’une noirceur absolue, peut-on vraiment reprocher à True Detective de laisser un peu d’espoir ?

    Journaliste. Passionné de cinéma, boulimique de séries télé et accroc aux jeux vidéo. Ne peut s'empêcher de donner son avis sur tout ce qu'il voit et sur tout ce qu'il joue.

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